Frédéric Chauvaud (dir.), Histoires de la souffrance sociale, XVIIe-XXe siècles, 2007

Chauvaud (Frédéric), sous la direction de, Histoires de la souffrance sociale, XVIIe-XXe siècles. Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2007, 241 pages, « Histoire ».

Issue des rencontres de Poitiers de mars 2006, cette somme de contributions autour de la souffrance sociale vise à lancer des pistes pour une histoire qui concerne les individus comme les groupes et qui reste à écrire.

Le directeur de l’ouvrage cite à bon escient Schopenhauer : « Le malheur général est la règle ». On trouve donc dans cet ouvrage, pêle-mêle, la « souffrance sociale » due à la répression de la sorcellerie fin XVIIe siècle, celle des petits mousses du XVIIe au XIXe siècles, des enfants errants, celle qui entoure les gardiens d’immeubles HLM au XXe siècle, celle des médecins-légistes au XIXe, celle due à la violence routière – avec un article qui, curieusement, commence par les accidents de tracteur dans les champs –, jusqu’à celle des collectionneurs frustrés… Autant dire que la misère du monde défile, mais que l’ensemble, en tant que patchwork de cas et d’époques hétéroclites, convainc peu. Utilisé sans grande réflexion, le concept de « souffrance sociale » s’apparente parfois à un fourre-tout peu opératoire et plusieurs papiers ne dépassent pas la plate description de publics touchés.

Il faut toutefois sauver plusieurs excellentes communications, qui justifient à elles seules la publication : celles de Jean-Claude Vimont sur les condamnés à la relégation, d’Ivan Jablonka sur les enfants abandonnés, d’Élise Yvorel sur les jeunes détenus, de Ludivine Bantigny sur les appelés de la guerre d’Algérie ou de Mathias Millet sur les vulnérabilités socio-scolaires. Disséquée dans son ressenti, objet d’une réelle introspection analytique, la souffrance « sociale » – en fait morale, psychique, physique – devient alors un réel et bel objet d’étude. L’exercice n’est certes pas facile : la souffrance peut prendre diverses formes d’expression, de la résignation à la révolte ou à la somatisation, et elle ne fait quasi pas l’objet d’attentions jusqu’à XXe siècle. L’historien doit donc accumuler les sources et lire entre les lignes, mais le champ qui s’ouvre devient alors heuristique et passionnant.

Axelle Brodiez
Pour citer
Axelle Brodiez, « Compte rendu de Frédéric Chauvaud (dir.), Histoires de la souffrance sociale, XVIIe-XXe siècles, 2007 », Le Mouvement Social, et en ligne : http://mouvement-social.univ-paris1.fr/document.php?id=1036.
Mise en ligne le 27 septembre 2007.
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