Thierry Forest, La gendarmerie mobile à l’épreuve de Mai 1968, 2007

Thierry Forest, La gendarmerie mobile à l’épreuve de Mai 1968. Vincennes, Service Historique de la Défense, 2007, 249 pages.

Sur mai 68 côté policier, on connaissait le témoignage du préfet Maurice Grimaud1, mais on ne savait pas grand-chose des acteurs et des pratiques du maintien de l’ordre. Issu d’un mémoire de maîtrise dirigé par Jean-Noël Luc à Paris IV, cet ouvrage comble en partie la lacune.

Au printemps 68, les troupes parisiennes du maintien de l’ordre comptaient 7 000 agents de police, 3 500 CRS et 6 000 gendarmes mobiles. C’est sur ces derniers que se concentre l’étude de Thierry Forest, qui déploie une analyse minutieuse, jour après jour, des effectifs engagés, des lieux et des types d’intervention. Fondé sur des sources très diverses (rapports en tout genre, témoignages écrits et oraux), le récit décrit la radicalisation du mouvement. Il donne de nombreux exemples de l’épuisement qui saisit les hommes et de l’inquiétude qui gagne les responsables.

Lui-même officier de gendarmerie mobile, l’auteur analyse le manque de préparation d’une gendarmerie qui porte des cravates plutôt que des boucliers et qui n’a pas pris la peine de redéfinir des stratégies d’emploi fondées sur la vieille instruction du 1er août 1930. « Le MO de papa a vécu », explique un officier, conscient de la nécessité d’une réforme. C’est en effet le 1er avril 1969 qu’ouvre le Centre de Saint-Astier qui devient le terrain d’entraînement et de réflexion des unités de maintien de l’ordre. Thierry Forest ne néglige pas, enfin, la question de la violence. Il explique d’abord la stratégie de maîtrise – la doctrine « zéro mort » – qui guide les décisions de la hiérarchie et qui apparaît tout particulièrement lors des débats sur le rappel des réservistes. Mais il ne sous-estime pas pour autant les violences policières dont il s’efforce d’expliquer les multiples ressorts.

L’ouvrage ne prétend pas à l’exhaustivité, mais il constitue une première synthèse déjà très utile et très informée dont il faut espérer qu’elle pourra être complétée et insérée dans une histoire plus générale du maintien de l’ordre des années 1960.

Arnaud-Dominique Houte
1 En mai fais ce qu’il te plaît, Paris, Stock, 1977.
Pour citer
Arnaud-Dominique Houte, « Compte rendu de Thierry Forest, La gendarmerie mobile à l’épreuve de Mai 1968, 2007 », Le Mouvement Social, et en ligne : http://mouvement-social.univ-paris1.fr/document.php?id=1196.
Mise en ligne le 15 juin 2008.
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