Muriel Le Roux (sous la direction de), Postes d’Europe XVIIIe-XXe siècles. Jalons d’une histoire comparée, 2007

Muriel Le Roux (sous la direction de), Postes d’Europe XVIIIe-XXe siècles. Jalons d’une histoire comparée. Paris, Comité pour l’histoire de la Poste, 2007, 488 pages en français et 486 pages en anglais.

Méthodique, à la fois scientifique et éclectique, l’ensemble de l’entreprise menée le Comité pour l’histoire de La Poste trouve dans ce fort volume de près de cinq cent pages (doublées du fait de leur traduction en anglais et de leur présentation originale tête-bêche articulée autour d’un bref cahier iconographique central) une forme de consécration et d’aboutissement. Muriel le Roux, secondée par Sébastien Richez, offre par la réunion d’une trentaine de contributions qui ont mobilisé l’énergie de plus de quarante chercheurs internationaux un outil remarquable pour une histoire comparée des services de postes européens sur la déjà longue durée de l’histoire contemporaine. Il s’agit du premier travail du genre dans ce domaine. Le beau fini d’impression de Navis vient ici renforcer ce qui dépasse largement la simple restitution des actes du colloque parisien organisé en juin 2004 au siège du Groupe La Poste et à l’École normale supérieure. S’il le fallait encore, cette démarche témoigne du fait que le soutien au plus haut niveau de l’entreprise – qui n’est pas sans rappeler ce qu’une autre entreprise de service public avait réalisé, il y a de cela déjà quelques années, avec d’ailleurs le même protagoniste un temps auteur de préface et simultanément président du groupe, à savoir Jean-Paul Bailly1. On trouvera ici certes des études originales, mais également la capitalisation d’autres recherches dont le Comité pour l’histoire de la Poste avait pris l’initiative depuis sa création en 1995. Dès 1996, des bourses de masters et de thèses ont aidé des étudiants dans la conduite de leurs recherches créant ainsi une communauté de chercheurs cohérente. Ce Postes d’Europe vient donc comme appui et aussi comme synthèse d’autres travaux, parfois déjà abordés dans les Cahiers pour l’histoire de La Poste. A ce jour, depuis novembre 2003 et au rythme de deux par an, une série d’une dizaine de ces titres ont paru.

En référence à ce cadre, l’existence d’un outil à part « hors série » mérite signalement : il s’agit du numéro spécial du Guide de recherche sur l’histoire de la Poste en France des origines au premier Empire paru à l’été 2005. Somme archivistique, bibliographique et point de départ méthodologique, l’ouvrage est une référence complémentaire indispensable. Comme l’écrivait Philippe Guignet dans la postface qu’il avait rédigée à ce volume, l’ambition initiale du comité d’histoire qui était d’élargir le territoire de l’historien, trouvait là largement de quoi être satisfaite.

Elle l’est plus encore avec cette somme sensible au rappel des classiques – les mémoires d’André Darrigrand et de Guy Ramau sont évoquées dès la page de garde – et aux nouvelles historiographies. Approches sociales, régionales et par métiers s’entrecroisent et s’hybrident au fil des pages et l’on peut y pister des réponses aux incitations lancées dans les quatre axes d’investigation définis par le guide de recherche : soit « l’économie et les finances, les circuits de l’échange, l’articulation des affaires », ensuite « les nouveaux territoires et les conquêtes de l’espace », puis les rapports entre « poste et société » et enfin « l’analyse de l’activité postale par les correspondances ». Peu ou prou, chacune de ces orientations est discernable dans chacune des parties du sommaire finalement retenu soit, dans l’ordre, « historiographie, muséographie », « organisation des réseaux aux XVIIIe et XIXe siècles », « gestion des réseaux », « fonctions et rôles des Postes dans les sociétés », « recherche d’un modèle pour les Postes européennes entre coopération et concurrence » et « enjeux et limites des coopérations postales ». Le foisonnement des textes ne peut évidemment pas être rendu en détail mais un mot supplémentaire peut être ajouté sur les enjeux contemporains de ce type d’historiographie que la partie table ronde finale a vocation à mettre en avant.

Son intérêt pour l’actualité est alors évident : entreprise de mobilité(s), la Poste est une entreprise de service public et de services au public en mouvement, ce qui exige renforcement de la compétitivité (P. Fridenson), gestion du changement (E. Godelier), management adapté (C. Kozar), analyse des rythmes du changement (M. Margairaz) et interrogation sur l’éventuelle nouveauté de ce véritable régime permanent du changement, de sa dimension menaçante ou au contraire des espérances dont il est porteur (Muriel le Roux). Application remarquable d’un plan de recherche, ce volume vient également faire date dans ce qu’il est tentant d’appeler une histoire parallèle, celle de la mobilité. De ce point de vue, tous ces travaux enthousiasmants révèlent l’épaisseur et la profondeur potentielles de ce champ dont La Poste est un acteur paradigmatique.

Mathieu Flonneau
1 Nous songeons ici au guide des sources publiée par la RATP (Guide des sources de l'histoire des transports publics urbains à Paris et en Ile-de-France, XIXe-XXe siècles, Paris, Publications de la Sorbonne, 1998) et au livre d’analyse de Dominique Larroque, Michel Margairaz et Pierre Zembri, Paris et ses transports XIXe-XXe siècle, Editions Recherches, 2002, déjà signalés dans Le Mouvement Social. A. David propose d’ailleurs dans l’ouvrage, partie « table ronde », une comparaison avec la RATP.
Pour citer
Mathieu Flonneau, « Compte rendu de Muriel Le Roux (sous la direction de), Postes d’Europe XVIIIe-XXe siècles. Jalons d’une histoire comparée, 2007 », Le Mouvement Social, et en ligne : http://mouvement-social.univ-paris1.fr/document.php?id=1369.
Mise en ligne le 17 décembre 2008.
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