Pascal Le Masson, Benoit Weil et Armand Hatchuel, Les processus d’innovation. Conception innovante et croissance des entreprises, 2006.

Pascal Le Masson, Benoit Weil et Armand Hatchuel, Les processus d’innovation. Conception innovante et croissance des entreprises. Paris, Hermès-Lavoisier, 2006, 471 pages. Préfaces de Paul Rivier et Marc Maurer. Postface de Jacques Lacambre et Dominique Levent. « Stratégie et management ».

L’évolution de la capacité d’innovation des entreprises est une question essentielle pour comprendre le rôle des firmes, des partenariats et des réseaux dans la société comme dans le développement économique. En français, « l’innovation technique » avait déjà fait l’objet d’une synthèse précise et informée du sociologue Patrice Flichy, curieusement absente de la bibliographie1. Le livre des trois enseignants-chercheurs de gestion de l’École des Mines de Paris est désormais le livre de référence, à la fois sur les différents processus d’innovation et sur le changement de régime d’innovation depuis les chocs pétroliers des années 1970. Il soutient sur ce point la thèse du passage à un régime d’innovation intensive. L’innovation s’étend alors à « tous les attributs visibles ou invisibles d’un produit ou d’un service ». Elle déstabilise ou renouvelle « l’identité même des objets ou des valeurs ». Les historiens y trouveront avec plaisir une prise d’appui sur les expériences passées depuis le XVIIe siècle. Ils y liront deux grandes études de cas : celles de Tefal de 1974 à 1997 et d’une filiale allemande de Saint-Gobain dans les années 1990. Ils n’y verront pas seulement des réussites : un vigoureux chapitre est consacré aux « crises récurrentes » de la recherche-développement dans les grandes entreprises, d’abord dans les années 1960 où celle-ci est « menacée d’asphyxie », puis dans les années 1980 et 1990, où elle est guettée par l’étouffement. Ils apprécieront enfin la construction d’un modèle pour le temps présent. Celui-ci propose trois stratégies d’exploration du champ d’innovation : la profondeur, la largeur, l’expansion, et met l’accent soit sur la régénération soit la réorganisation des métiers dans l’élaboration de nouvelles lignées de produits à vocation commerciale, pour laquelle on passe désormais de la « conception innovante » à la « conception réglée ». Il souligne l’importance de dégager dans les entreprises une fonction innovation conçue comme une organisation de « la conception innovante collective » et l’intérêt de « l’implication des usagers pour renouveler les espaces de conception ».

Aux historiens, qui s’intéressent non seulement au travail et aux entreprises, mais encore à la consommation, aux usages, à la propriété industrielle ou à l’invention2, le livre de Pascal Le Masson, Benoît Weil et Armand Hatchuel parle de processus, d’incertitudes, de crises, d’ouvertures et de métamorphoses. Il apporte des analyses très neuves et un cadre théorique rigoureux et original. Il offre ainsi l’espoir d’un dialogue fécond.

Patrick Fridenson
1 P. Flichy, L’innovation technique. Récents développements en sciences sociales. Vers une nouvelle théorie de l’innovation, Paris, La Découverte, 2003. Ce livre vient d’être traduit en anglais.
2 Cf. sur ces deux derniers points G. Galvez-Behar, La République des inventeurs. Propriété et organisation de l’innovation en France (1791-1922), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008, et Documents pour l’histoire des techniques, n° 17, 1er semestre 2009.
Pour citer
Patrick Fridenson, « Compte rendu de Pascal Le Masson, Benoit Weil et Armand Hatchuel, Les processus d’innovation. Conception innovante et croissance des entreprises, 2006. », Le Mouvement Social, et en ligne : http://mouvement-social.univ-paris1.fr/document.php?id=1501.
Mise en ligne le 12 août 2009.
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