Y a-t-il eu un complot anarchiste contre la République à la fin du XIXe siècle ?

Vivien Bouhey

Y a-t-il eu un projet concerté secrètement contre la République – dont l’assassinat du Président Sadi Carnot en 1894 aurait été le point d’orgue – orchestré par des compagnons préparant au sein d’une organisation structurée et hiérarchisée, avec à sa tête ce que certains indicateurs appellent à la fin du XIXe siècle une sorte de « comité directeur », qui planifierait de Paris ou de Londres des actions dont se rendraient responsables des exécutants disciplinés ? C’est une question que se posaient déjà certains indicateurs de police à la fin des années 1890, et une question qui réapparaît de temps à autre dans l’historiographie, par exemple à l’occasion du travail de Joël Berthoud au début des années 19701, et, ces dernières années, alors que les études sur le terrorisme (dont le terrorisme anarchiste) se multiplient2 et que des historiens tentent des parallèles entre présent et passé3.

Pour répondre à cette question, il faut d’abord s’interroger sur ce qu’est le mouvement anarchiste français à la fin du XIXe siècle4.

Au début des années 1880, il est avéré et indiscutable que les anarchistes, qui, par définition, sont des hommes refusant toute autorité, toute hiérarchie, n’ont pas eu la volonté de construire un parti politique au sens moderne du terme – c’est-à-dire une organisation structurée et hiérarchisée, avec une direction centralisée, des militants inscrits, voire des cartes d’adhérents, et qu’ils n’ont pas non plus souhaité recourir à la discipline du vote, imprimer un journal officiel ou organiser des congrès réguliers.

Qu’est-ce donc alors que le mouvement anarchiste français de 1880 à 1914 ? Pour les historiens de l’anarchisme dont Jean Maitron, qui défendent la thèse de l’organisation minimale, ce qu’on appelle « mouvement anarchiste » dans les années 1880 ne serait qu’une nébuleuse de petits groupes éphémères réunissant des individus (la plupart du temps des artisans, les anarchistes des années 1880-1914 étant des hommes épris de liberté qui se recruteraient en général dans les métiers de l’artisanat, des métiers qui leur laisseraient le temps de penser, tandis que l’ouvrier d’usine, lui, rivé à sa machine, n’en aurait pas le temps) ayant des affinités les uns avec les autres, repliés sur eux-mêmes le plus souvent5 mais pouvant bien sûr entretenir des contacts ponctuellement6. Parce que les anarchistes seraient incapables de s’organiser, l’action anarchiste – même terroriste –, résulterait le plus souvent de l’initiative d’individus isolés, de militants convaincus, qui, la plupart du temps, agiraient de façon spontanée. Et il ne saurait en être autrement puisque nous sommes dans un monde anarchiste, ce qui explique qu’à l’échelle nationale, aucune vraie radiographie du mouvement permettant d’avaliser cette thèse ou de l’infirmer n’ait été tentée par des historiens. Une telle étude serait un non-sens !

Or si au début des années 1880 le mouvement n’est certes pas un « parti », la thèse de l’organisation minimale mérite peut-être discussion, comme le pense Joël Berthoud dès 1969 dans sa maîtrise consacrée à l’assassinat de Sadi Carno par l’anarchiste italien Caserio, résumée dans un article intitulé en 1971 : « L’attentat contre le Président Sadi Carno, Spontanéité individuelle ou action organisée dans le terrorisme anarchiste des années 1890 »7. Comment Caserio, un anarchiste italien parlant à peine français a-t-il pu poignarder, seul, le Président de la République ? Le mouvement ne serait-il pas davantage organisé (dans le sens que les dictionnaires de langue française donnent à ce mot) qu’on ne l’a imaginé jusqu’à aujourd’hui, c’est-à-dire plus structuré, ce qui pourrait impliquer une entente dans l’action ? Ce sont ces interrogations qui ont été à l’origine de notre thèse sur Les Anarchistes contre la République de 1880-1914 et qui l’ont articulée de bout en bout8, questions qui nous ont invité en définitive à définir ce que l’on appelle depuis 1880 le « mouvement anarchiste » et à explorer ce faisant des espaces historiographiques vierges.

Pour tenter de répondre à ces questions, il a été nécessaire de travailler à plusieurs niveaux.

D’abord, il a fallu essayer de mieux connaître la population anarchiste (âge, sexe, situation professionnelle et situation familiale) dans la mesure où ces connaissances pouvaient nous permettre de mieux comprendre la structure du mouvement lui-même : le fait par exemple que les compagnons viennent d’un même milieu social pouvait expliquer sa cohésion ; le fait que les compagnons viennent de milieux sociaux très différents ou encore qu’il y ait un renouvellement des générations au sein du mouvement pouvait nous éclairer, par-delà des considérations idéologiques, sur la difficulté à s’organiser. A cette occasion, nous avons identifié ou tenté d’identifier tous les « compagnons » ou supposés tels rencontrés dans les sources et cités dans notre thèse (1136 dans le corps du texte et près de 6000 dans les tableaux) en utilisant le système de numérotation auquel les historiens antiquisants ont recours, et, quand c’était possible, avons renvoyé le lecteur aux notices biographiques existantes9. Dans un deuxième temps, tenter de mettre à jour et de caractériser les rapports existant ou non entre ces individus, et cela à l’échelle locale, départementale et nationale, voire (mais cette question se situait aux limites de notre sujet car nous avons fondé notre analyse sur des sources françaises) internationale. Dans un troisième temps, travailler sur les « doctrines » anarchistes, non pour elles-mêmes (il existe déjà de très nombreux et excellents ouvrages sur la pensée anarchiste), mais surtout pour comprendre si les débats idéologiques existant au sein du mouvement – ou l’absence de débats – avaient pu avoir une incidence sur ses structures. Enfin, dans un dernier temps, essayer de comprendre si l’action engagée par les anarchistes contre la République dans les années 1880-1914 était le résultat ou non d’une organisation plus ou moins poussée : pouvait-on parler d’un vaste complot contre la République ?

Pour mener à bien cette étude, les sources que nous avons utilisées ont été celles qui permettent d’aller au plus près de la vie du mouvement : les archives départementales (série M), voire municipales (Aube), qui n’avaient encore jamais été exploitées jusqu’à aujourd’hui dans le cadre d’un travail d’ensemble sur le mouvement anarchiste en France, et qui pourtant donnent les renseignements les plus utiles – comme le signale Jean Maitron lui-même10 – sur l’activité des groupes français au jour le jour. Du point de vue des sources, c’est là l’originalité de cette étude : l’utilisation de gisements d’archives « neufs »11, ceci afin de tenter d’affiner notre perception du mouvement.

Cette relecture de ce qu’est le mouvement s’est donc fondée pour l’essentiel sur des rapports de police dont la proximité pouvait avoir deux conséquences12 : 1. L’écriture d’une histoire peu fiable à cause des erreurs des indicateurs ou à cause d’erreurs d’appréciation lors des enquêtes 2. Mais surtout (et c’est important pour la question traitée dans cet article), l’écriture d’une histoire filtrée par le seul regard policier : or comme les autorités seraient alors persuadées d’avoir affaire à un complot anarchiste, toute perception du mouvement à partir des sources policières serait purement et simplement le reflet de ce qui ne serait qu’un fantasme policier : le fantasme du complot.

Effectivement, si ces sources policières sont riches de renseignements, leur usage pose un certain nombre de problèmes de méthode exposés pour l’essentiel dans l’introduction non publiée de notre thèse13. Pour ce qui est de la question de la proximité avec les sources policières, il faut d’abord rappeler que sur nombre de questions comme par exemple le fonctionnement au jour le jour des groupes locaux dans toute la France, les seules sources dont nous disposons sont les rapports d’indicateurs, et que donc, nous n’avons pas le choix des sources ; ensuite, qu’il y a, c’est vrai, des erreurs dans ces rapports ; enfin, que souvent, la réalité du mouvement nous parvient filtrée par tout un vocabulaire policier qui emprunte le champ lexical de la religion ou qui sert la théorie du complot (car certains indicateurs ou fonctionnaires de police sont effectivement persuadés que les compagnons font partie d’une secte ou d’une mystérieuse Internationale noire).

Cela veut-il dire que toute tentative pour appréhender le mouvement à travers les sources policières aveuglerait l’historien et le rendrait obligatoirement prisonnier d’une histoire peu fiable et de la théorie du complot ? Non, et cela pour plusieurs raisons : 1. S’il y a des erreurs dans ces rapports, nous avons pu constater au cours de nos recherches en confrontant les sources qu’en général, les fonctionnaires de l’État surtout mais aussi les indicateurs font leur possible pour rendre compte de la réalité qu’ils rencontrent 2. Que la très grande majorité de nos sources (notamment les rapports d’indicateurs sur lesquels se fonde l’étude), même souvent emprunts d’un vocabulaire qui fleure bon le complot, ne délivre rien moins dans toute la France que des informations très ponctuelles et très factuelles concernant la vie du ou des groupes que les mouchards ont réussi à infiltrer au jour le jour (compte rendus de réunions ; arrivée d’un compagnon venu d’une autre ville ; résumé d’une lettre reçue la veille par un membre du groupe, annonce d’une conférence…) : donc des milliers de faits (parfois erronés) dans toute la France, qui laissent place à l’interprétation 3. Qu’il est bien sûr tout à fait possible de croiser différentes sources policières, ce que nous avons fait chaque fois que nous le pouvions : pour dénombrer les anarchistes par exemple, nous avons utilisé dans certains départements des comptes rendus de réunions privées anarchistes ou de « soirées de famille » indiquant le nombre des présents, des chiffres concernant la vente des journaux anarchistes et des listes nominatives dressées à l’échelle du département 4. Que travailler sur le mouvement à partir des archives policières (série M, Préfecture de police de Paris et Archives Nationales), n’induit aucunement une vision policière de ce mouvement : qu’y a-t-il de commun entre ce qu’un indicateur de police dijonnais, un commissaire de police parisien ou un agent de police nantais (qui n’ont aucun contact entre eux) perçoivent du mouvement, avec leurs mots, leur culture, à partir de leurs postes d’observation, à travers leurs intentions propres et à travers les consignes différentes (nous avons pu le mesurer dans divers départements14) qu’ils ont reçues de leurs supérieurs. Il existe des perceptions multiples et fragmentées de ce mouvement de la part des mouchards et au sein des forces de l’ordre de l’époque, et il y a donc des regards policiers (très peu étudiés par les historiens en tant que tels), qui forment le prisme à travers lequel nous avons tenté d’appréhender le mouvement. Et c’est de la confrontation constante de ces milliers de rapports ou de regards – appréhendés ou analysés dans toute la France et émanant de tous les échelons de l’appareil policier qu’est née notre perception de ce dernier, une perception qui a finalement peu à voir avec ce que les autorités comprennent de ce mouvement dans les années 1880-1914, même au plus haut niveau, sans doute par manque de recul, et qui est loin d’accréditer la thèse du complot fomenté par une Internationale noire 6. Que quand c’était possible, ce qui est loin d’être toujours le cas, nous avons, comme nous venons de l’écrire, confronté ces sources policières entre elles (la série M avec les sources policières traditionnellement utilisées jusqu’à aujourd’hui pour faire l’histoire du mouvement par les historiens de l’anarchisme, c’est-à-dire les rapports conservés aux Archives Nationales et à la Préfecture de police de Paris), mais que nous les avons également confrontées aux sources anarchistes (presse, mémoires de compagnons). Or par exemple, le dépouillement intégral de la presse anarchiste que nous avons effectué ne remet absolument pas en cause la perception du mouvement que nous livrent les archives de police. Elle la conforte.

C’est cette confrontation des sources policières entre elles et avec d’autres sources anarchistes qui nous permet par exemple de ne pas prendre au pied de la lettre le vocabulaire utilisé dans ces rapports (« secte », « affiliés », « société secrète », « présidents » de groupes ; « comités occultes »…), des rapports qu’il faut pourtant citer en permanence pour étayer les analyses, et d’abord le vocable « anarchiste » lui-même : il est par exemple en effet dans ces rapports, une « étiquette placée sur des formes de déviance sociale violente, dont le degré de conscience politique est inégale »15, comme nous le rappelons dans les pages non publiées (pages 45-47) de notre thèse16. C’est également cette confrontation des sources qui nous permet de prendre de la distance face à des rapports de police étonnants comme celui dans lequel le cambrioleur Charles Bernard, que la police semble croire lorsqu’il passe aux aveux après son arrestation17, nous raconte une histoire bien improbable, qui montre simplement qu’un bandit de haut vol est assez bien renseigné sur les anarchistes pour tenter de se faire passer pour un compagnon ou pour réinventer le mouvement, que ses aveux ne pourraient pas être pris au sérieux par les autorités sans l’existence de contacts effectifs très étroits entre une frange anarchiste et le « milieu », et que certains agents de police finissent par voir le complot anarchiste partout. C’est cette confrontation des sources qui nous permet, en définitive, de revisiter l’ouvrage de Jean Maitron pour ce qui est du nombre des anarchistes, de la sociologie des militants et du fonctionnement du mouvement. Ainsi, pour reprendre l’exemple du dénombrement des anarchistes, là où Jean Maitron s’appuie sur deux statistiques nationales conservées aux Archives Nationales pour répertorier le nombre des anarchistes présents sur le sol français en 1893-189418, nous avons sondé les sources départementales pour suivre jour après jour et confronter dès que cela était possible le nombre d’individus fréquentant les réunions privées des groupes locaux, le nombre d’individus présents lors des « soirées de famille », le nombre d’individus lisant les feuilles anarchistes (tous les présents lors des soirées de famille ou tous les lecteurs de feuilles anarchistes n’étant bien sûr pas forcément des compagnons) aux chiffres indiqués par ces deux statistiques : c’est ce travail méticuleux et laborieux de confrontation des sources qui nous permet de réévaluer les chiffres que donne Jean Maitron pour ces deux années19, d’affirmer que son analyse est erronée lorsqu’il écrit en parlant de la liste de 1894 qu’« on a voulu dénombrer à une unité près les ‘militants’ […] »20 ou lorsqu’il avance les estimations suivantes en 1893-1894 pour la France : « 1000 militants actifs » ; « 4 500 sympathisants » ; « 100 000 personnes qui éprouveraient des sympathies assez vagues pour le mouvement »21, et enfin que sa carte de la France anarchiste a peu de chose à voir avec la réalité22.

Cet éclairage à partir de la série M nous a donc permis de faire un certain nombre de constats.

Premier constat : si on ne peut pas connaître le nombre des compagnons français avec précision, on peut affirmer que celui-ci a été bien surestimé jusqu’à aujourd’hui. On peut par ailleurs noter l’existence sur le territoire national de « foyers principaux » d’anarchistes dans lesquels ils sont les plus nombreux comme Lyon puis Paris, et de « foyers secondaires », voire de « marges » ou de « presque déserts anarchistes » au sens où les géographes utilisent ces mots aujourd’hui.

Deuxième constat : ces hommes – militants, adhérents ou sympathisants – ne sont pas seulement les jeunes artisans célibataires que décrivent les historiens du mouvement. Dans toute la France, on va à l’anarchie pour des raisons très diverses, et les compagnons sont tantôt des jeunes étrangers déracinés et célibataires comme une partie des anarchistes italiens de Nice, tantôt des hommes mûrs et mariés comme certains compagnons du département de l’Isère ou du Nord. Parfois, ce sont des artisans, mais ce sont également des paysans, des ouvriers d’usine, voire de presque bourgeois ; bref, il n’existe pas un anarchiste‑type. Un des postulats développé-relayé par l’historiographie traditionnelle s’effondre. Sociologiquement, à l’échelle du territoire nationale, le mouvement est fragmenté.

Troisième point déjà développé pour l’essentiel par Gaetano Manfredonia dans sa thèse23 puis dans divers articles et livres24 : les années 1880 sont des années fondatrices d’un point de vue idéologique, puisqu’on assiste alors, grâce au développement de la propagande écrite et orale, à la construction d’une identité anarchiste qui assure l’unité du mouvement. Cette identité se fonde sur un ensemble d’idées, sur l’adhésion des militants à un certain nombre de symboles et à un certain nombre de références historiques appartenant soit à l’histoire du mouvement ouvrier, soit à l’histoire républicaine, soit à l’histoire proprement anarchiste, et elle se fonde enfin sur le compagnonnage anarchiste, apparu dans les années 1880, qui contribue à l’existence d’une sociabilité proprement anarchiste perceptible par exemple à travers les « soirées de famille », sociabilité qui est une dimension forte de ce qu’est le mouvement.

Quatrième constat : la faiblesse du nombre et la fragmentation d’un point de vue sociologique n’empêchent pas les contacts, car ces militants animent un mouvement qu’on ne peut certainement pas décrire comme une poussière de groupes repliés sur eux-mêmes. La réalité est bien plus complexe.

À l’intérieur des foyers anarchistes principaux, aux racines du mouvement, on trouve en effet des individualités refusant d’adhérer à tout groupement, véritables « électrons libres » au sein du mouvement. On trouve aussi des groupes plus ou moins structurés, qui peuvent parfois être « fermés », c’est-à-dire difficiles d’accès, véritables organisations de combat préparant discrètement un grand soir révolutionnaire que tous attendent, voire des associations de malfaiteurs25, qui sont bien sûr elles aussi une dimension de ce qu’est le mouvement. Dans ces grands foyers anarchistes, ces groupes entretiennent des liens les uns avec les autres entre autres grâce à des individualités (les compagnons les plus militants) qui peuvent appartenir à différents groupes en même temps et qui les animent, et grâce à l’existence de groupes « ouverts » dans lesquels les membres de différents groupes peuvent se retrouver librement. À un second niveau, les rapports de police et la presse anarchiste signalent l’existence, par exemple pour Paris et sa banlieue (mais elles ont également existé ailleurs), de « réunions de tous les anarchistes de Paris et de la banlieue », qui permettent aux militants de se rencontrer ; de « comités » plus ou moins stables créés lorsque le besoin s’en fait sentir et ayant vocation à rassembler des délégués (sur la base du volontariat, de manière informelle) de deux, voire trois, voire de tous les groupes de l’endroit pour les faire coopérer plus ou moins temporairement afin d’éditer une brochure ou un journal, de préparer une manifestation ou tout autre type d’action ; d’associations de malfaiteurs réunissant des compagnons appartenant à plusieurs groupes ; mais également de ligues comme par exemple « la ligue des Antipatriotes », qui, concrètement, fédère au plan local mais parfois régional, voire national, dans le cadre de la propagande antimilitariste ici, un certain nombre de groupes anarchistes qui se confondent avec ses propres groupes. Et enfin il ne faut pas oublier le rôle de chambres syndicales comme les « chambres syndicales des hommes de peine » par exemple à Paris ou à Saint-Etienne, dont les statuts nous sont connus et dont nous savons par exemple que les sections, en 1887 à Paris, se confondent avec les groupes anarchistes locaux. Voilà pour les foyers principaux du mouvement, et chacune de ces structures très différentes est minutieusement décrite dans notre ouvrage.

Ces foyers anarchistes principaux entretiennent également des liens entre eux et avec les foyers secondaires, grâce à des anarchistes ayant des habitudes de déplacement26 ; grâce à des réseaux épistolaires, grâce à des « comités », des « ligues » ou des « Comités de secours pour les familles des détenus politiques », mais également grâce aux journaux du mouvement (dont les sièges sont des points de repère physiques à l’intérieur des villes ou localités), qui jouent le rôle de centrales d’informations pour les compagnons ou relaient les initiatives des individus, des groupes, des comités, des ligues…, et qui centralisent une bonne partie de l’argent destiné à la propagande. Enfin, les militants les plus investis peuvent se rencontrer lors de congrès, dont certains ont lieu – même s’ils sont mal vus – dans les années 1880, ou lors des grands procès anarchistes. Les archives départementales montrent par ailleurs qu’à l’échelle du territoire national, ce mouvement est en grande partie polarisé dans la mesure où les groupements situés dans ce que nous avons appelé « les foyers anarchistes secondaires » ou les « presque déserts anarchistes » regardent vers un ou plusieurs foyers principaux dont ils dépendent pour ce qui est de la propagande écrite ou orale (brochures, demandes de conférenciers…), des foyers anarchistes secondaires ou des « presque déserts anarchistes » qui, pour conserver une terminologie de géographes, sont, par rapport aux foyers principaux qui sont des « centres anarchistes » donnant de grandes impulsions du point de vue de l’activité militante à l’échelle du territoire national, des « périphéries anarchistes » plus ou moins dépendantes de ces centres et dans lesquelles il se passe peu de choses. Enfin, il s’agit d’un mouvement en partie hiérarchisé dans les faits, cela pour plusieurs raisons : d’abord parce qu’il est animé par un certain nombre de militants qui, au sein des groupes locaux ainsi qu’à l’échelle régionale ou nationale, sont porteurs d’une autorité naturelle tenant à leurs qualités intellectuelles, leur talent d’orateur, leur charisme ou à leur activisme. Ensuite, à cause de la place occupée par ces militants dans les structures du mouvement : à Paris, c’est par exemple le cas d’une quinzaine de compagnons, qui, en 1887, appartiennent à plusieurs groupes en même temps, animent des comités, disposent de carnets d’adresses parfois très longs et sont à l’origine, seuls ou à plusieurs en fonction de leurs affinités, d’un certain nombre d’actions27. Parce que les groupes français ou les isolés, tournent leurs regards vers ces meneurs qui militent la plupart du temps dans ces grands foyers anarchistes, dont ils attendent des orateurs ou des brochures, cela à une échelle régionale, nationale, voire internationale. Enfin, parce que ces derniers, grâce à leur autorité naturelle ou à leur place dans ces structures, parviennent à disposer de moyens qui leur permettent de mettre en œuvre la propagande, ou encore parce qu’ils ont plus facilement accès à la parole anarchiste via des journaux qu’ils contrôlent (le terme n’est pas trop fort) parfois, et qu’ils tiennent ainsi une bonne place dans la propagande orale ou écrite, voire jouent parfois un rôle pour ce qui est de la propagande par le fait.

C’est l’existence de cette hiérarchie dans les faits qui nous a conduit à nous interroger sur l’existence – non à affirmer l’existence28 – d’exécutifs anarchistes dans ces centres, ce que les mouchards appellent parfois des « comités directeurs »29. L’expression « exécutif anarchiste » n’est peut-être pas la plus appropriée, non plus que le verbe « téléguider » que nous avons utilisé au conditionnel (ces comités « téléguideraient » des actions)30. Nous n’entendons pas, bien sûr, par « exécutif anarchiste », un comité central occulte institutionnalisé composé des conspirateurs les plus connus (par exemple Kropotkine, Malato et Matha pour Londres en 1893) se réunissant à heures fixes pour donner l’ordre à des « exécutants disciplinés »31 appartenant à des groupes soumis à son autorité de s’attaquer à la République, mais la présence dans certains grands foyers du mouvement (Lyon puis Paris, voire Londres en 1893-1894) de compagnons déterminés qui se connaissent, peuvent s’estimer ou se détester, et qui donnent parfois chacun de leur côté et en ordre dispersé, et parfois d’un commun accord mais cela toujours ponctuellement, de grandes impulsions à la propagande orale et écrite, (voire pour ce qui est de Londres en 1893-1894, mais cela reste une hypothèse, à la propagande par le fait) en bénéficiant de contacts et d’argent, ce qui n’empêche pas, bien sûr, que des groupes ou des individus agissent de leur côté à l’étranger et sur le territoire national.

Les questions concernant Londres en 1893-1894 sont bien évidemment à approfondir et à discuter32 à partir du livre de John Merriman (qui ne permet toutefois pas de trancher ce débat)33 et à partir des travaux de Constance Bantman34. Ce que l’on constate simplement en 1893-1894 à Londres à partir des sources françaises, c’est qu’une partie des militants les plus connus du mouvement anarchiste français s’y trouve et s’y rencontre ; que l’essentiel de la propagande écrite en langue française provient alors de Londres (où les textes sont rédigés puis imprimés) pour être ensuite diffusés illégalement sur le territoire national ; qu’en même temps une des bandes d’anarchistes cambrioleurs qui attire le plus l’attention de la police à l’époque (des hommes a priori bien insérés dans le milieu anarchiste français à Londres et pour certains, qui participent à la propagande écrite qui s’y fait), opère de Londres sur le continent et rapporte de ces vols avec effraction des sommes importantes qui sont réutilisées en partie pour les besoins de la propagande, et enfin que certains de ces cambrioleurs anarchistes sont peut-être alors impliqués dans une série d’attentats retentissants sur le continent, tous possiblement liés (affaire de la rue des Bons-Enfants, Terminus, affaire Pauwels)35. Pour ce qui est de la question des « exécutants disciplinés », qui suppose qu’il y ait au sein du mouvement des donneurs d’ordres d’un côté et des militants obéissants de l’autre, elle est tellement peu conforme à l’idéal anarchiste… Et ce n’est pas parce que le mouvement nous semble hiérarchisé, comme nous l’avons signalé (parce que certains compagnons sont davantage écoutés, sont mieux informés, disposent de davantage de moyens, ont un carnet d’adresses plus fourni), qu’il en découle bien sûr ce type de rapports même non institutionnalisés au sein du mouvement : il y a simplement des compagnons qui sont les « chevilles ouvrières » d’un certain nombre d’actions, et d’autres, qui, dans des rapports de gré à gré, participent temporairement à ces actions à des degrés plus ou moins importants. Caserio a été hébergé par des compagnons, a pu être conseillé ou guidé, mais « on » ne lui a certainement pas donné d’ordres.

Ce qui caractérise le mouvement anarchiste français dans les années 1880, c’est donc : 1. L’existence de foyers principaux, de foyers secondaires et de « presque déserts anarchistes », dans le sens que donnent les géographes à ces termes 2. Un enchevêtrement de structures plus ou moins rigides (du groupe anarchiste en passant par l’association de malfaiteurs, la ligue, et en allant jusqu’au syndicat), plus ou moins visibles et en recomposition constante, qu’il ne faut bien sûr absolument pas mettre « sur le même pied »36 mais qui permettent à certains individus d’être au cœur de réseaux, alors que d’autres, qui n’en font pas partie, restent isolés 3. Des réseaux qui sont transfrontaliers, et, pour ce qui est des anarchistes français, l’existence de « bases arrières » à l’extérieur du territoire. Sur ces questions des « bases arrières », le débat esquissé par Romain Ducoulombier37 pour savoir si Genève est par exemple une base arrière ou seulement un lieu de refuge est difficile à trancher sans une analyse précise des sources françaises et étrangères : si l’on prend l’exemple plus tardif des anarchistes espagnols présents sur le sol français au moment de l’attentat commis contre Alphonse XIII et contre le Président de la République, la France est à la fois pour ceux-ci un lieu de refuge qui leur donne l’occasion de fuir les persécutions, et également, via des réseaux transfrontaliers, une base arrière leur permettant de faire paraître en espagnol des journaux destinés à être lus en France et en Espagne ainsi qu’à organiser des attentats. Par ailleurs, avant de débattre, il faut se mettre d’accord sur l’expression : nous entendons par « base arrière » la présence d’anarchistes français dans une ville ou une localité étrangère, qui entretiennent ou non des contacts entre eux, avec des anarchistes étrangers ou encore avec des anarchistes français restés en France pour faire œuvre de propagande écrite, voire de propagande par le fait (et dans ce cas on pourra alors parler, de façon un peu anachronique, de « bases arrières terroristes ») 4. Une polarisation, avec des centres dynamiques jouant un rôle d’impulsion du point de vue de l’action comme Lyon, Paris ou Londres, et des périphéries plus ou moins dépendantes (au sens où les géographes utilisent ces termes) 5. Une hiérarchisation dans les faits, et un mouvement qui, parce qu’il est en grande partie hiérarchisé et polarisé dans les faits, nous invite à nous interroger sur l’existence d’un ou plusieurs « exécutifs » anarchistes dans le sens que nous avons donné à ce mot ci-dessus 6. L’absence de rapports d’obéissance au sein de ces structures, mais des rapports de gré à gré entre compagnons 8. Surtout, le fait que cette organisation (au sens où l’entendent les dictionnaires de langue française aujourd’hui, c’est-à-dire la manière dont un corps, en l’occurrence le mouvement anarchiste, est structuré) soit apparue quasiment sans contrainte dans les années 1880, qu’elle soit née des affinités, du consentement mutuel, qu’elle soit souple, se recomposant au fur et à mesure des dissensions, des besoins et des objectifs des militants ; qu’elle laisse place aux individualités qui souhaitent rester dans l’isolement mais également à une multitude de structures qui peuvent s’imbriquer et qui contribuent à mettre des compagnons au centre de réseaux : finalement, que dans la sphère politique et sociale (à travers le compagnonnage pour ce qui est du social), elle incarne un idéal anti-autoritaire.

Comme on peut le voir, le mouvement qui se dessine sous nos yeux a peu de choses à voir avec une organisation centralisée dirigée par un comité planifiant des actions dans la durée contre la République (qu’il soit à Londres ou ailleurs) et donnant des ordres auxquels des agents exécuteurs obéiraient. Ce type d’organisation dans les années 1880-1890 relève effectivement du fantasme.

Si l’on considère le fonctionnement du mouvement à cette époque, force est donc de constater qu’il ne permet pas le complot au sens où nous l’avons défini dans l’introduction. Si l’on considère maintenant l’ensemble des actions engagées par les anarchistes contre la République dans les années 1880-1890, il en découle qu’elles ne peuvent participer d’un grand dessein. Et effectivement, quel lien établir entre de la fabrication de fausse monnaie par Ravachol, la parution de la Révolte, les actes de reprise individuelle de Clément Duval, l’attentat de la bourse, ceux de Léauthier, d’Henry ou de Caserio tels que nous les avons décrits dans notre ouvrage : aucun, sinon l’appartenance de Grave, de Duval, de Gallo, de Ravachol, de Léauthier, d’Henry ou de Caserio au milieu anarchiste.

En revanche, il serait tout différent de nous demander si les compagnons des années 1880-1890 sont capables d’agir de concert, ponctuellement, voire s’ils sont capables de complots, c’est-à-dire de projets concertés secrètement en vue d’actes généralement criminels. Et ici nous répondrions « oui » dans la mesure où, si certaines actions qui firent du bruit furent celles de compagnons isolés (il est fondamental de le rappeler), la propagande anarchiste orale, écrite, voire par le fait, resta largement tributaire du mouvement tel que nous l’avons décrit. Comme le rappelle un indicateur en 1892 : « […] s’ils [les compagnons] agissent individuellement en de certaines occasions, ils se concertent le plus ordinairement »38.

C’est en effet la concertation qui donne sa force aux actions coup de poing des compagnons quand ils décident de faire de l’agitation dans une localité ou dans une ville. Si on considère la propagande orale, c’est également la concertation à l’échelle d’un groupe ou de plusieurs groupes d’une même région – voire entre compagnons français et étrangers – qui leur permet de réunir des fonds, de louer des salles, de tirer des affiches, de faire venir des conférenciers et d’organiser des tournées de conférences dans toute la France. Si on considère la propagande écrite, c’est grâce à l’entente entre des anarchistes de toute la France – mais également entre compagnons français et étrangers – que les fonds destinés à imprimer des brochures, des journaux ou des tracts sont réunis ; c’est grâce à elle que des comités de rédaction parviennent à réunir la matière nécessaire à la parution d’un journal ou que des groupes rassemblent la documentation utile à la rédaction d’une brochure ; c’est encore grâce à ces réseaux que les compagnons parviennent à faire imprimer des ouvrages interdits sur le territoire national ou à l’étranger, et qu’ils réussissent à les distribuer aux quatre coins de la France. Enfin, c’est la concertation qui dynamise la propagande par le fait : on peut en effet se demander si les « dynamitades » signalées en France au cours des années 1880 auraient vu le jour sans les articles qui, dans les journaux anarchistes, furent consacrés à la fabrication de bombes, sans le compagnonnage anarchiste ou sans les structures du mouvement, qui permirent à certains compagnons de trouver des points de chute, de l’argent, des comparses prêts à l’action, de se procurer des « recettes », des « ingrédients », ou encore de se perfectionner au sein de groupes dans le maniement des explosifs. La concertation est au fondement de l’action du groupe dont Ravachol est l’homme de main (arrivée de Ravachol à Paris ; hébergement chez Chaumentin ; recours à de la dynamite volée ; passage à l’action lors de l’explosion du boulevard Saint-Germain par exemple). Elle sert peut-être les desseins d’Emile Henry (ressources financières ; points de chute ; complicités)39. Elle facilite peut-être ceux de Caserio, qu’il ait agi seul ou non, alors qu’il est hébergé par des anarchistes français au cours de son séjour dans l’hexagone avant l’attentat contre Sadi Carnot. Et elle permet de vrais complots comme celui organisé plus tardivement par un groupe d’anarchistes espagnols contre le Président de la République française et Alphonse XIII.

Les compagnons sont donc capables de s’entendre ponctuellement, et ils l’ont fait, que cela soit dans le domaine de la propagande écrite, orale ou par le fait. Mais leurs initiatives multiples ont été le résultat d’une concertation toujours ponctuelle, au gré des rencontres, des opportunités et des circonstances, dans laquelle chacun trouve son compte. L’ensemble de leurs actions n’a été ni coordonné ni planifié ; elles se suivent les unes les autres dans les années 1880-1914, les unes entraînant parfois les autres. Elles effraient les bourgeois, propagent l’idée et réalisent un peu (pour ce qui est de la propagande par le fait) de la révolution. Leur multiplication, par effet d’entraînement, par l’exemple, doit conduire la République à sa perte.

Y a-t-il eu une organisation structurée, une sorte d’Internationale noire capable de planifier et de coordonner dans la durée un certain nombre d’actions, cela avec d’une part un comité directeur central à la tête de cette pieuvre anarchiste tentaculaire et d’autre part des exécutants disciplinés ? La réponse est « non », dans la mesure où le mouvement n’a rien à voir avec ce type d’organisation. Y a-t-il eu un complot ? « Non », dans la mesure où la structure ne le permet pas, et où, donc, il n’y a pas eu un grand dessein dans le domaine de la propagande écrite, orale et par le fait. Les actions ne sont pas coordonnées la plupart du temps : elles relèvent le plus souvent d’initiatives multiples et ponctuelles.

En revanche, les anarchistes sont-ils plus organisés qu’on ne l’a dit jusqu’à aujourd’hui ? Le mouvement a-t-il servi l’action anarchiste de 1880 à 1914 ? À ces deux questions nous répondons « oui » sans hésiter en constatant que, par mouvement anarchiste, il faut entendre (à mi-chemin entre la nébuleuse de groupes repliés sur eux-mêmes que nous décrivent les tenants de la thèse de l’organisation minimale d’une part, et d’autre part l’Internationale noire qui alimente, pour ceux qui sont persuadés de son existence, le fantasme du complot) des compagnons peu nombreux partageant une même culture politique comme le montre Gaetano Manfredonia ; ensuite des individus vivant ou tentant de vivre en « compagnons » ; enfin des hommes et des femmes politiques qui ont bâti progressivement, au gré des événements, sans vraiment le vouloir, une organisation (le mot est à prendre dans son sens le plus large) originale – dont on peut certes encore préciser les contours comme nous le rappellent Emmanuel Jousse40 et Danielle Tartakowsky41 – sans équivalent à la fin du XIXe siècle, laissant place à l’individu et aux réseaux, à l’acte individuel et à des complots.

C’est cela le mouvement anarchiste, qui, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, incarne d’un point de vue politique et social un idéal anti-autoritaire, et dont l’action elle aussi, dans la façon dont elle est conduite, incarne un idéal anarchiste. Plus organisé que ce que l’on a dit jusqu’à aujourd’hui, le mouvement n’en reste pas moins bien anarchiste !

 

Vivien Bouhey

 

1 Joël Berthoud, L’attentat contre le Président Carnot et les rapports avec le mouvement anarchiste des années 90, mémoire de maîtrise soutenue à Lyon, 1969, 126 p.
2 John Merriman, Dynamite Club. L’invention du terrorisme à Paris, traduit de l’anglais par Emmanuel Lyasse, 2009, Tallandier, 256 p.
3 Rick Coolsaet, « Au temps du terrorisme anarchiste », Le Monde Diplomatique, septembre 2004, p. 26.
4 Sur la question du sens à donner au mot « organisation », voir l’article de Romain Ducoulombier intitulé : « Ni Dieu, ni maître, ni organisation ? »  (http://www.laviedesidees.fr/Ni-Dieu-ni-maitre-ni-organisation.html) ainsi que Vivien Bouhey : « A propos de mon livre, Les Anarchistes contre la République, 1880-1914. Réponse à Romain Ducoulombier » (http://raforum.info/spip.php?article5442).
5 Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, Paris, F. Maspero, 1975, tome 1, p. 120 : « Quelques lettres envoyées par différents groupes montrèrent que beaucoup de compagnons souffraient de leur isolement et de l’impuissance qui en résultait ». Ibid., p. 121 : « Il n’y a en France ni ‘parti’ anarchiste national, ni fédération régionale, il n’existe que des groupes locaux sans liens entre eux ».
6 Pour citer l’article déjà mentionné de Rick Coolsaet : « […] certains anarchistes voyageaient un peu partout et leurs groupes entretenaient des contacts […] ». Nous n’avons évidemment pas pris « à la lettre » la formule de Jean Maitron (« il n’existe que des groupes locaux sans liens entre eux »), comme l’écrit Marianne Enckell (Marianne Enckell, « Compte rendu de Vivien Bouhey […] », Le Mouvement Social en ligne : http://mouvement-social.univ-paris1.fr/document/php?id=1488).
7 Les Cahiers de l’histoire, tome XVI, 1971, p. 58-65.
8 Vivien Bouhey, Les Anarchistes contre la République 1880-1914. Radiographie du Mouvement anarchiste français, thèse soutenue à l’université Paris X-Nanterre en juin 2006 sous la direction de Philippe Levillain, 1337 pages, et éditée aux PUR avec une préface de Philippe Levillain sous le titre suivant : Les Anarchistes contre la République 1880-1914. Contribution à l’histoire des réseaux sous la Troisième République, janvier 2009, 491 p.
9 Il ne s’agit donc pas du monde vague que décrit Marianne Enckell : « Ses anarchistes ont peu de chair, rarement un prénom ou une biographie […] » (Marianne Enckell, art. cit.). Ces notes et système de numérotation n’apparaissent pas dans la version éditée par souci de ne pas alourdir un ouvrage destiné à un public qui ne serait pas seulement universitaire.
10 Jean Maitron, op. cit., tome 2, p. 209 : « […] la série M des départements […] est celle qui en priorité nous intéresse ». Jean Maitron n’a toutefois pratiquement pas utilisé ces sources départementales.
11 En plus des sources utilisées traditionnellement par les historiens du mouvement anarchiste conservées à la Bibliothèque Nationale de France, aux Archives Nationales, au Musée Social, au C.I.R.A. de Marseille, à l’I.F.H.S., au C.R.H.M.S.S. ainsi qu’à la Préfecture de police de Paris, nous avons dépouillé par sondages la série M, notamment dans les départements des Ardennes, de l’Aube, des Bouches‑du‑Rhône, de Côte‑d’Or, du Doubs, de la Drôme, du Finistère, de l’Isère, de la Loire, de la Loire‑Atlantique, du Maine‑et‑Loire, de Meurthe‑et‑Moselle, de la Meuse, de la Moselle, du Nord, du Pas‑de‑Calais, de Seine‑Maritime, de Seine‑et‑Oise, de Saône‑et‑Loire, de la Somme, du Territoire de Belfort, du Vaucluse et des Vosges.  
12 Ces questions de méthode sont notamment posées par Marianne Enckell (Marianne Enckell, art. cit.) et par Jean Paul Salle dans son compte rendu de notre ouvrage mis en ligne en septembre 2009 (http://www.dissidences.net/mouvement_anarchiste.htm#bouhey).  
13 Vivien Bouhey, Les Anarchistes contre la République 1880-1914. Radiographie du Mouvement anarchiste français, thèse soutenue…, p. 30-55.
14 Ibid.
15 Romain Ducoulombier, art. cit.
16 Vivien Bouhey, op. cit.
17 Contrairement à ce qu’écrit Marianne Enckell (Marianne Enckell, art. cit.), nous n’avons jamais présenté les aveux de Charles Bernard comme des faits avérés (Vivien Bouhey, Les Anarchistes contre la République, PUR…, p. 407).
18 Jean Maitron, op. cit., tome 1, p. 127-128.
19 Vivien Bouhey, op. cit. p. 163 sqq.
20 Jean Maitron, op. cit., tome 1, p. 128.
21 Ibid.,  p. 130.
22 Ibid., p. 129.
23 Gaetano Manfredonia, Etudes sur le Mouvement anarchiste en France, 1848-1914, thèse de doctorat sous la direction de Raoul Girardet, IEP Paris, 1990. Il comporte trois parties : « L’individualisme en France (1880-1914) », 565 p. ; « La chanson anarchiste en France de la Commune à Ravachol (1870-1894) en 2 tomes de 360 p. et 445 p. ; « Pour ou contre la République ? Les anarchistes français et la tradition Républicaine (1848-1914) », parue dans l’ouvrage collectif dirigé par Gaetano Manfredonia : Les anarchistes et la Révolution française, Paris, Editions du Monde Libertaire, 1990, 314 p., p. 195-277.
24 Gaetano Manfredonia, Les Anarchistes et la Révolution française, Paris, Editions du Monde Libertaire, 1990, 314 p. ; La Chanson anarchiste en France des origines à 1914, Paris, Montréal, L’Harmattan, 1997, 445 p. ;  « Persistance et actualité de la culture politique libertaire », in S. Berstein (dir.), Les Cultures politiques en France, Le Seuil, 1999, p. 243-283.
25 Il faudrait sans doute privilégier ici le mot « hors la loi », plus neutre, au mot « malfaiteur ».
26 Dans notre étude, nous avons appelé les compagnons qui « ont des habitudes de déplacement » les « anarchistes gyrovagues » par commodité, un mot qui n’est absolument pas synonyme de « trimardeurs » dans l’ouvrage, comme l’écrit Marianne Enckell (Marianne Enckell, art. cit.). Certains de ces anarchistes gyrovagues voyagent au gré de leurs envies ; d’autres à cause de leurs métiers. Certains accomplissent des missions pour tel ou tel groupe en obéissant à des stratégies, et ces déplacements, qu’ils participent d’une stratégie ou non, contribuent à l’unité du mouvement.
27 Vivien Bouhey, op. cit., p. 47.
28 Ibid., p. 450.
29 La question de l’existence de ces « comités directeurs » ou de ces « exécutifs anarchistes » donne lieu à débat (voir les articles de Romain Ducoulombier et de Marianne Enckell déjà cités).
30 Vivien Bouhey, op. cit., p. 450. Le verbe « préparer » remplacerait sans doute plus justement ici le verbe « téléguider ».
31 Marianne Enckell nous attribue à tort cette expression (Marianne Enckell, art. cit.).
32 Vivien Bouhey, op. cit., p. 298 : « Ces différents attentats [les Bons-Enfants ; le Terminus] ont conduit les autorités de l’époque à poser la question de l’existence d’un exécutif anarchiste basé à Londres […]. Sans aller aussi loin et dans l’attente d’une étude approfondie des sources anglaises […] ».
33 John Merriman, op. cit.
34 Constance Bantman, Anarchismes et anarchistes en France et en Grande-Bretagne 1880-1914 : Echanges, représentations, transferts. Thèse sous la direction de François Poirier, Université de Paris XIII-Villetaneuse, 2007, 730 p.
35 A ces questions, les travaux précis de John Merriman sur Emile Henry n’apportent par exemple aucune réponse tranchée (John Merriman, op. cit.).
36 Marianne Enckell, art. cit.
37 Romain Ducoulombier, art. cit.
38 Préfecture de police de Paris, B.A./77, rapport d’un indicateur en avril 1892.
39 Voir notre étude ainsi que le livre de John Merriman déjà cités.
40 Voir les recensions d’Emmanuel Jousse sur le livre de John Merriman déjà cité ainsi que sur notre ouvrage (Cahiers Jaurès, « Retour sur l’anarchisme fin de siècle », n°193-194, juillet-décembre 2009).
41 Voir le compte rendu de Danielle Tartakowsky sur notre ouvrage dans  Histoire@Politique. Revue électronique du centre d’histoire de Sciences Po., n°9, septembre-décembre 2009 (www.histoire-politique.fr/index.php?numero=09&rub=comptes-rendus&item=78).

 

Pour citer

Viven Bouhey, « Y a-t-il eu un complot anarchiste contre la République à la fin du XIXe siècle ?»

, en ligne à http://mouvement-social.univ-paris1.fr/document.php?id=1624.

Mise en ligne le 13 mars 2010.

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