Sébastien Richez, Postes et postiers en Normandie, Témoins des transformations nationales, 1830-1914, 2009

Sébastien Richez, Postes et postiers en Normandie, Témoins des transformations nationales, 1830-1914. Paris, L’Harmattan/Comité pour l’Histoire de la Poste, 2009, 330 pages.

L’ouvrage de Sébastien Richez, reprend en les retouchant à la marge les éléments d’une thèse soutenue en 2002 (6 ouvrages dans l’abondante bibliographie ont été publiés après 2002). Le texte allie les qualités du sérieux et de l’érudition la plus précise. Pour qui veux comprendre comment l’institution postale fonctionne, tant au niveau national qu’au niveau local - ici la Normandie - ce livre permettra d’accéder à une multitude d’informations, parfois très détaillées. Les archives, trop souvent décrites comme ayant intégralement brûlées pendant l’incendie du ministère de l’Intérieur – lors de la Commune – présentent ici tout leur intérêt. L’auteur, membre du Comité pour l’Histoire de la Poste, montre que, contrairement à une légende noire, une histoire de la Poste est possible.

Trois approches sont développées, souvent de façon coordonnée. La première est relative aux personnels de la Poste. L’auteur y développe toute la complexité de l’institution qui croît avec la multiplication des spécialités, le plus souvent issues des progrès dans l’acheminement du courrier. Le cas de la création de personnels dans les wagons attribués à la Poste par les compagnies de chemin de fer en donne un exemple éclairant. Celui des personnels auxiliaires, sans statut, chargés d’absorber les surcharges de travail pour des salaires de misère en donne un autre. La deuxième est relative à l’équipement du territoire par la Poste. On y voit la mise en place savamment réfléchie de toute une infrastructure spatiale, qui articule motivations de services et intérêt politique, depuis le bureau de poste jusqu’à la boîte aux lettres. Le dernier par une approche transversale revient sur le personnel tout en liant son existence aux conditions de la mise en place de l’équipement postal. C’est le quotidien des personnels qui est alors explicité avec finesse, depuis les comportements sexistes à l’égard des receveuses, jusqu’aux classiques tournées des facteurs dépassant dans les pires des cas 40 kilomètres par jour, sept jours sur sept.

Au-delà l’ouvrage offrira deux formes d’élargissements. Durant les deux premières parties, ce sont les comparaisons spatiales qui l’emportent, permettant d’abord de dépeindre la complexité de l’espace Normand, puis de rapprocher la Normandie, non seulement de la France dans son ensemble, mais encore d’autres régions françaises. Pendant la dernière partie, ce sont les comparaisons interinstitutionnelles qui prennent le pas sur l’espace, permettant de prendre la mesure des spécificités postales par rapport aux douanes, à l’armée, aux finances, voire au monde de l’industrie. En cela, ce texte fournit des éclairages neufs et utiles à la compréhension d’un vaste XIXe siècle qui voit la mise en place du fonctionnariat à vaste échelle en même temps que l’élaboration du concept de service public. L’auteur doit en être remercié : une synthèse sur la poste du XIXe siècle était attendue, cet ouvrage s’en rapproche remarquablement tout en acceptant un parti-pris local.

Malgré ces qualités incontestables deux difficultés apparaissent à la lecture. La première qui relève de la logique de l’exposé et qui doit en grande partie tenir aux sources, mais on aurait souhaité que l’auteur s’y attarde, relève de la logique chronologique. Les cinq premiers chapitres (1814-1878) sont riches en comparaisons spatiales, permettant de brosser une géographie postale qui n’est pas sans rappeler les questionnements contemporains sur le déséquipement rural. Les trois derniers chapitres (1878-1914) se concentrent de façon très intéressante sur les aspects sociaux, mais l’espace postal y perd une grande partie de sa substance… Tous ces chapitres sont intéressants, mais la logique d’ensemble y perd.

La deuxième difficulté, dépasse pour partie l’ouvrage, mais celui-ci permet de l’évoquer. Partons d’une très courte citation à propos de la répartition des bureaux de poste au début de la troisième République : « Un croissant courbé du Domfrontais jusqu’aux confins du Sud-Est eurois, via le Bocage, le Bessin, le tonneau côtier entre Caen et le Havre, la vallée de la Seine prédomine. » (p. 189). Si ce n’est en suivant cette description sur un atlas, qui de toute façon ne reprendra que peu probablement ces dénominations, comment se faire une idée de l’espace considéré ? Toute l’inventivité toponymique de l’auteur n’y change rien. Une carte aurait, en l’équivalent de 15 lignes, permis de comprendre les choses. A une époque où faire une carte est devenu facile on ne peut que regretter ce type de manque, bien souvent en partie du à une frilosité éditoriale qui fait refuser des cartes alors que parfois elles sont produites.

Nicolas Verdier
Pour citer
Nicolas Verdier, « Compte rendu de Sébastien Richez, Postes et postiers en Normandie, Témoins des transformations nationales, 1830-1914, 2009 », Le Mouvement Social, et en ligne : http://mouvement-social.univ-paris1.fr/document.php?id=1667.
Mise en ligne le 25 juin 2010.
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