n° 217 (octobre-décembre 2006) : numéro varié

Les articles de ce numéro sont consultables sur Cairn dans leur intégralité.

Sommaire

Adieu à Jacques Ozouf, par Patrick Fridenson

Organiser le travail

  • Les incidences inattendues des transformations organisationnelles sur le travail, par Gwenaële Rot

  • Organisation du travail et emploi des femmes dans le grand commerce : l'exemple du Grand Bazar de Lyon, 1886-1974, par Anne-Sophie Beau

  • Les ouvriers de Vauxhall face à la lean production, par Paul Stewart, Jean-Pierre Durand, Wayne Lewchuk, Charlotte Yates et Andy Danford

Idéologies de guerre froide

  • De la révolution nationale à l'Europe fédérale. Les métamorphoses de la troisième voie aux origines du mouvement fédéraliste français : La Fédération (1943-1948), par Antonin Cohen

  • Retour de flamme contre le New Deal : le patronat conservateur et la droite moderne aux États-Unis, par Kim Philips-Fein

Notes de lecture (disponibles sur ce site)

  • Vents d’Ouest

  • Militances en miettes

  • Femmes en sociétés

  • Gauches d’Europe centrale dans l’entre-deux-guerres

  • Sciences et croyances

Résumés

Anne-Sophie Beau. - Organisation du travail et emploi des femmes dans le grand commerce : l'exemple du Grand Bazar de Lyon, 1886-1974

Cet article montre comment la main-d’œuvre du Grand Bazar de Lyon, majoritairement masculine au XIXe siècle, est devenue presque exclusivement féminine un siècle plus tard. Confirmant ce que d’autres études ont montré pour d’autres secteurs d’activité, c’est l’évolution de l’organisation du travail qui est à l’origine de cette évolution : les femmes ne « remplacent » jamais les hommes, mais sont bien recrutées sur des postes nouveaux, apparus au moment où la division du travail est modifiée et qui sont alors définis comme « féminins ». Pour comprendre comment fonctionne la sexuation des postes de travail, il faut néanmoins sortir du cadre de l’entreprise et faire appel à la construction sociale des compétences attribuées à chaque sexe. Cette histoire offre également l’occasion de retracer l’histoire de l’organisation du travail dans le grand commerce sur un siècle, dont l’évolution est étroitement liée à la santé économique de l’entreprise.

This article shows how the workforce of Lyons’ Grand Bazar, mainly masculine in the 19th century, has almost become exclusively feminine a century later. Confirming what other studies have shown for other sectors of activity, this evolution is due to the evolution in work organisation: women never “replace” men but are in effect hired for new positions which appear when work division is modified and which are then defined as “feminine.” To understand how the sexual definition of position works it is necessary to use the social construction of the skills attributed to each gender outside the context of the firm. This example also serves to trace the history of work organisation in a department store throughout a century whose evolution is closely linked to the economic health of the firm.

Paul Stewart, Jean-Pierre Durand, Wayne Lewchuk, Charlotte Yates et Andy Danford. - Les ouvriers de Vauxhall face à la lean production

Cet article interroge les réactions ouvrières et syndicales face à la mise en œuvre de la production au plus juste dans l’usine d’Ellesmere Port, près de Liverpool. Le cas britannique est plein d’enseignements à plus d’un titre : d’une part, les directions nationales des syndicats ont en général accepté les réformes managériales parce qu’elles n’avaient pas le choix eu égard à la situation difficile de l’industrie automobile nationale et d’autre part, contrairement à ce qui est bien trop vite admis, le syndicalisme de terrain reste puissant dans les secteurs traditionnels, empêchant les directions de mener leur politique de façon trop univoque. De fait, la production au plus juste a conduit le syndicat ouvrier à intervenir sur le procès de travail, sur l’intensification du travail, sur la flexibilité des horaires et plus seulement sur le niveau des rémunérations. Le syndicat devient ainsi le premier informateur et d’une certaine manière le premier formateur des ouvriers face aux changements dans les méthodes de management : il réussit mieux que l’encadrement à communiquer avec le personnel des ateliers sur la production au plus juste. Enfin, la vie locale, fondée sur la community anglo-saxonne, maintient, avec le syndicat, le « collectif » à l’usine comme dans les quartiers où l’on débat tout autant des matches de football que de la santé et des conditions de travail à l’usine.

This article assesses worker and union responses to the introduction of lean production in Vauxhall’s Ellesmere Port factory near Liverpool. The British case intriguingly reveals a number of issues surrounding the relationship between new management methods and trade union power. On the one hand, at the national level, the unions, in practice, generally accept new management practices because they have had little choice due to the difficult situation facing the auto industry nationally. On the other hand, and contrary to accepted wisdom, unions in final assembly in the automotive industry retain an important element of power at plant level where they can have an effect upon workers’ understanding of the changes taking place. Moreover, the union in the workplace is actually able to have an impact on the work process in terms of work intensification and temporal flexibility. Furthermore, this has implications beyond issues of remuneration. Thus, significantly, it is the union, rather than management, that provides the main source of information in terms of management changes so that it is able to give a certain spin of its own to the meaning and reception of changes for workers. The union, in other words, has an important effect in the framing of information for shop floor workers. Finally, the vibrant local community life bears witness to the social interaction between everyday events, including activities such as football, where issues to do with the politics and social conditions of the automotive factory, including health and safety, are debated in a broader arena beyond the work place.

Antonin Cohen. - De la révolution nationale à l'Europe fédérale. Les métamorphoses de la troisième voie aux origines du mouvement fédéraliste français : La Fédération (1943-1948)

En retraçant les origines du mouvement La Fédération, cet article entend illustrer les métamorphoses de la troisième voie personnaliste et communautaire dans les années 1940 : du corporatisme au fédéralisme. Parmi les premiers et principaux mouvements français à mobiliser en faveur d’une Europe unie, La Fédération est aussi le produit des investissements qui ont vu le jour sous le régime de Vichy en faveur d’une Révolution nationale. En analysant les reclassements et les reconversions qui ont favorisé les continuités idéologiques et pratiques de la troisième voie, cet article entend plus généralement s’interroger sur la structure des clivages politiques qui ont pris corps au lendemain de la guerre autour de l’enjeu européen.

Retracing the origins of the French movement La Fédération, this article aims at illustrating the metamorphosis of the personalist and communitarian third way in the 1940s: from “corporatism” to “federalism.” One of the first and main movements mobilizing in favour of a united Europe, La Fédération is also a product of the investments that paved the way for a national revolution under the Vichy regime. Analyzing the regroupings and reconversions which favoured the ideological and practical continuities of the third way, this article more generally aims at questioning the structure of political cleavages that arose in the postwar period regarding the European issue.

Kim Philips-Fein. - Retour de flamme contre le New Deal : le patronat conservateur et la droite moderne aux États-Unis

Le conservatisme américain est souvent vu comme un mouvement populiste à ses origines, surgi en réaction aux conflits culturels de la fin des années 1960 et du début des années 1970. Mais cette interprétation ne rend pas compte de l’importance des idées économiques dans l’histoire du mouvement. Des patrons ont ainsi joué un rôle central dans son développement au cours des années 1950 et 1960, avant même que le mouvement ne gagne en influence et en pouvoir. Ces patrons conservateurs, qui ne se sont jamais totalement réconciliés avec le New Deal et le progressisme économique de l’après-guerre, adhérèrent aux idées de Friedrich Hayek, combattirent les syndicats et s’investirent dans la création de think tanks ainsi que dans les campagnes pour le « droit de travailler » afin de contrecarrer le New Deal.

The conservative movement in the United States is frequently seen as populist in its origins, rising out of a reaction against the cultural conflicts of the late 1960s and early 1970s. But this interpretation cannot adequately account for the importance of economic ideas in the movement’s history. This reconsideration of the history of conservatism suggests that it is important to recognize the role played in the development of the movement by conservative business leaders in the 1950s and 1960s, before the movement grew to prominence and political power. Business conservatives, who never entirely reconciled themselves to the New Deal and to postwar economic liberalism, adhered to the ideas of Friedrich Hayek, fought labour unions, and funded intellectual and political initiatives such as think tanks and right-to-work campaigns in an effort to turn back the New Deal.

Mise en ligne le 9 janvier 2007.
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