Thierry Blin, Les sans-papiers de Saint-Bernard…, 2005

Blin (Thierry), Les sans-papiers de Saint-Bernard. Mouvement social et action organisée, Paris, L’Harmattan, 2005, 185 pages.

Composé de deux parties, l’ouvrage a aussi deux entrées. Dans un premier temps il traite, de façon factuelle et précise, de la « ballade des sans-papiers », à savoir de l’organisation progressive et mouvante, quasi au jour le jour, d’un mouvement social. Des premières réunions à Montreuil à l’occupation de l’église Saint-Bernard, via l’église Saint-Ambroise, le gymnase Japy, la Cartoucherie et la rue Pajol, on suit pas à pas l’évolution des rapports de force, l’introduction des médiateurs, les soutiens ou les réticences d’associations, le soutien tardif mais précieux des médias et de personnalités.

La deuxième partie, analytique, s’attache alors à comprendre la durabilité de ce mouvement a priori caractérisé par la faiblesse de ses ressources. Elle apparaît due au tour de force qu’a constitué la mutation sémantique d’un état de « clandestins » à un état de « sans-papiers », à la force symbolique de la grève de la faim, aux oscillations entre registre humanitaire et registre politique et donc, montre l’auteur, à l’importance des ressources autres que matérielles, principalement symboliques mais aussi sociales.

Surtout, l’auteur s’affronte au paradigme sociologique de la mobilisation des ressources pour démonter terrain à l’appui le concept, depuis plusieurs années fortement discuté en science politique, de structure des opportunités politiques. Contre une notion qui met en avant les facteurs structurels, il s’attache à constamment traquer le conjoncturel et les réajustements, en montrant combien les identités sont toujours le jeu d’affrontements. Il dénie à l’idéologie une fonction d’intégration et d’unification, car « les définitions du mouvement, de ses buts, de l’adversaire fluctuent parallèlement à l’évolution des rapports de force internes […], à la perception des opportunités » (p. 124). Il plaide dès lors pour l’étude des entrailles du fonctionnement politique et l’abandon des « modèles pacifiés » de l’organisation.

L’auteur s’inscrit donc dans les débats de sa discipline pour déconstruire et reconstruire, invitant à l’analyse des processus d’interdépendance en termes de système d’action global. Les non-initiés trouveront quant à eux une approche fine de cet épisode, et une mise en garde étayée contre la tentation de considérer un mouvement social « comme sujet unifié, comme espace homogénéisé » (p. 152).

Axelle Brodiez
Pour citer
Axelle Brodiez, « Compte rendu de Thierry Blin, Les sans-papiers de Saint-Bernard…, 2005 », Le Mouvement Social, n° 217 (octobre-décembre 2006), p. 94-95, et en ligne : http://mouvement-social.univ-paris1.fr/document.php?id=336.
Mise en ligne le 15 mars 2006.
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