n° 215 (avril-juin 2006) : numéro varié

Sommaire

Catholiques et modernités au XIXe siècle

  • Philippe Boutry. De la sociologie religieuse à l’histoire sociale et culturelle du religieux

  • Sylvain Milbach. Les catholiques libéraux et la presse entre 1831 et 1855

  • Hervé Guillemain. Médecine et religion au XIXe siècle. Le traitement moral de la folie dans les asiles de l’ordre de Saint-Jean de Dieu (1830-1860)

La politique du sport

  • Florence Carpentier. Aux origines de l’exclusion du tennis des Jeux olympiques. Un conflit institutionnel multiforme dans les années 1920

  • Fabien Sabatier. Mobilité affinitaire et mouvement sportif ouvrier : l’itinéraire de Rosette Guérard (1924-1950)

Controverse

  • Philippe Rygiel. Histoire des populations noires ou histoire des rapports sociaux de race

Notes de lecture (disponibles sur ce site)

  • Croyances et raison

  • Apprentissages du sport

  • Pratiques historiennes

Résumés

Sylvain Milbach. - Les catholiques libéraux et la presse entre 1831 et 1855

Entre 1831 et 1855, le groupe catholique libéral, mené par le comte de Montalembert, cherche à s’affirmer comme une force politique avec, comme bannière, le mot d’ordre « catholiques d’abord ». Cette prise de parole sur la place publique s’effectue de manière ostensible avec la lutte pour la liberté de l’enseignement secondaire. Toutefois, dès avant, cette dynamique repose sur une action par la presse qui permet l’épanouissement d’un éventail revendicatif plus large. Pour l’historien, il s’avère que cette action révèle et attise les contradictions et les conflits internes de ceux qui ont voulu un temps se dénommer « parti catholique ». Les divergences entre les différents journaux, ainsi que leur caractère souvent éphémère, attestent en effet la fragilité de la cohésion d’un groupe finalement hétérogène. Suivre cette histoire sur vingt-cinq ans, c’est observer les obstacles que rencontre une prise de parole laïque autonome à l’égard des autorités ecclésiastiques, les ambiguïtés des aménagements entre postures confessionnelles et action politique, l’émergence de nouvelles sensibilités religieuses face au monde contemporain.

Between 1831 and 1855, the catholic liberal movement, led by count de Montalembert, strives for a part in French politics with the password “catholics first and foremost.” They look for visibility by the way of the struggle for the liberty of secondary education in the 1840s. Nevertheless, and as before, their main arena for action is the press, where they can express demands aimed at broader domains. Indeed, this action reveals and emphasizes internal contradictions: soon, these contradictions turn into public divisions between men and between newspapers. In these discords of the “catholic party,” the ambiguities and the brittleness of this catholic liberal movement emerge: the difficulties for an autonomous secular voice and the intricate relations with Roman Church clergy, the various positions of the post-revolutionary society and, finally, the evolutions of catholics’ sensibilities which herald the debates of the second half of the 19th century.

Hervé Guillemain. - Médecine et religion au XIXe siècle. Le traitement moral de la folie dans les asiles de l’ordre de Saint-Jean de Dieu (1830-1860)

Dans la première moitié du XIXe siècle, l’ordre de Saint-Jean de Dieu, qui s’est spécialisé dans le traitement des aliénés, élabore une stratégie de contournement du pouvoir médical consolidé par la loi de 1838, en même temps qu’il étend son réseau institutionnel d’assistance et de soin. Mais par-delà l’opposition des discours et des pouvoirs entre médecins et religieux, un regard sur les pratiques de cure des aliénés autorise l’écriture d’une histoire plus nuancée. La communauté monastique sanctifiante concrétise les désirs des aliénistes. La pratique du traitement moral, enracinée dans l’héritage chrétien, est une forme de direction de conscience dont les caractères renvoient au religieux. Avant 1860 la religion est considérée comme salvatrice : en témoignent l’action des aumôniers dans les asiles ainsi que le recours aux pratiques religieuses dans les asiles laïcs. La décennie suivante doit être considérée comme une rupture dans l’approche médicale des pratiques religieuses.

In the first half of the 19th century, the order of Saint-Jean de Dieu, specialized in lunatics, adopted a strategy to get round a medical establishment which had been strengthened by the 1838 law. The order extended simultaneously its institutional network of care and assistance. However, even if doctors and friars fought each others in the arena of politics and discourses, a closer look at the lunatics’ treatment practices led to downplay such historical opposition. The sanctifying monastic community fulfilled the psychiatrists’ wishes. The latter applied a moral treatment which fell within the Christian legacy and somehow amounted to a form of spiritual advising. Before 1860, religion led to salvation. The intervention of the chaplains within asylums and the enduring religious practices in the non-religious asylums established this point. The following decade should be considered as a break in the medical understanding of religious practices.

Florence Carpentier. Aux origines de l’exclusion du tennis des Jeux olympiques. Un conflit institutionnel multiforme dans les années 1920

Le tennis est un sport très pratiqué par les aristocrates vers la fin du XIXe siècle et il fait, grâce à cela, partie du programme olympique dès les premiers Jeux en 1896. Pourtant, à cause d’un conflit complexe et important entre le Comité international olympique et la Fédération internationale de tennis, ce sport est exclu de la compétition olympique en 1927 et ne réapparaîtra que tardivement, aux Jeux de Séoul, en 1988. Cet article présente les raisons de ce conflit, ainsi que ses principaux acteurs, Henri de Baillet-Latour, président du CIO, et Albert Canet, président de la Fédération internationale, dans le contexte particulier des années 1920. Si la question de l’amateurisme semble être au cœur de cette affaire, on découvre, à travers la correspondance, d’autres enjeux inavoués : commerciaux et économiques, mais aussi symboliques et sociaux. Pour ces raisons, le conflit entre les deux institutions est représentatif des problématiques qui ont animé le milieu sportif mondial de l’entre-deux-guerres.

Thanks to the popularity of tennis in the end of the nineteenth century, the sport was immediately part of the first Olympic games in 1896. Nevertheless, tennis was dropped from the Olympic competition in 1927 because of a complex and important conflict between the International Olympic committee and the International federation of tennis. It only reappeared as a medal sport in Olympics at Seoul, in 1988. This article provides explanations of this conflict in the particular context of the twenties and to present its main actors: Henri de Baillet-Latour, president of the IOC, and Albert Canet, president of the International federation. Whereas the issue of amateurism seems to be first, others unconfessed stakes—commercial and economic, symbolic and social—emerge through the analysis of the correspondence. Finally, this conflict between the both institutions symbolized the main interests of the world sport movement during the interwar period.

Fabien Sabatier. Mobilité affinitaire et mouvement sportif ouvrier : l’itinéraire de Rosette Guérard (1924-1950)

L’historiographie française du sport ouvrier français s’est peu attachée à cerner avec précision la valeur anthropologique du concept d’affinité. La couleur politique de fédérations sportives telles que la FST et la FSGT n’a le plus souvent été perçue que sous le vocable très générique de « sport communiste ». Cette conception monolithique mérite d’être tempérée par certains résultats de recherche qui révèlent une multiplicité de « communismes » chez les sportifs adhérents à ces fédérations. Une approche plus combinatoire des différents modèles de recherche historique semble donc utile si l’on souhaite percevoir avec plus de justesse ce que représente ce courant sportif affinitaire. Cette orientation permet de mieux cerner, au-delà de la diversité des modèles d’affinité, le caractère distribué de l’intensité et des formes de militantismes politiques, sociaux ou sportifs soutenues par ces organisations. Ce second temps de la réflexion apporte des réponses quant à l’éventail de l’investissement sociétal porté par le mouvement sportif ouvrier entre 1920 et 1970. Le présent article présente une biographie d’une militante sur l’ensemble de la période citée. Elle permet d’observer la mobilité de l’affinité et du militantisme dans la diachronie. Ce constat valide sur le plan qualitatif la nécessaire production d’une histoire culturelle du « politique » en ce domaine.

French historiography of the French workers’ sports movement has not applied much the concept of affinity. The political colour of sporting federations such as the FST and the FSGT has been generally perceived under the very generic term of “communist sport.” This monolithic design deserves to be qualified by some results of research which reveal a multiplicity of “communisms” among the members of these federations. A combinative approach of the various models of historical research thus seems useful in order to perceive with more accuracy this “affinitive” sporting current. It also enables historians to delineate, beyond the diversity of affinity models, the distributed character of intensity and the forms of political, social or sport militancy supported by these organizations. This second stage of reflection illuminates the diversity of societal investment carried by the working sporting movement between 1920 and 1970. This article presents a woman activist. It allows us to see the mobility of affinity and militancy in diachrony. This observation validates on the qualitative level the necessary production of a cultural history of the “political” in the field of sports.

Mise en ligne le 15 avril 2006.
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