Jules Maurin, Jean-Charles Jauffret (dir.), La Grande Guerre 1914-1918. 80 ans d’historiographie et de représentations, 2003

Maurin (Jules), Jauffret (Jean-Charles), sous la direction de, La Grande Guerre 1914-1918. 80 ans d’historiographie et de représentations (colloque international, Montpellier 20-21 novembre 1998). Montpellier, Université Paul-Valéry, Montpellier III (E.S.I.D.), 2003, 412 pages.

Voilà un volume, au contenu fort riche, qui fait déjà figure de pièce de collection, d’abord par sa piètre présentation matérielle, à l’heure où bien des presses universitaires rivalisent de qualité avec les autres éditeurs, ensuite parce qu’issu d’un colloque tenu en 1998 pour « dresser un bilan de la recherche historique consacrée à la Grande Guerre », il a le mérite de rassembler des points de vue divergents (autour de la question du témoignage combattant ou des motivations des soldats) qui ne se côtoient plus guère aujourd’hui.

Plusieurs communications, que l’on ne peut toutes mentionner, proposent de solides bilans historiographiques : Gerd Krumeich traite de l’écriture de l’histoire de la guerre en Allemagne depuis la fin du conflit, Marc Michel de l’historiographie de l’Afrique noire, Odon Abbal de celle de la captivité… Jean-Charles Jauffret, pour sa part, fait un bilan bibliographique de l’historiographie française pour les années 1983-1998. Une telle bibliographie, de plus de 70 pages, est assurément un travail très précieux, passionnant à parcourir, mais on s’étonne de le voir arrêté en 1998 alors que le volume paraît en 2003; ce qui le rend en partie caduc tant la production sur la Grande Guerre a été importante pendant ces années. Les débats historiographiques les plus vifs sont postérieurs à 1998… Outre les inévitables oublis (gênants quand il s’agit de travaux fondamentaux comme celui de Jean-Louis Robert sur les ouvriers et le mouvement ouvrier à Paris ou de la biographie de référence d’Henri Barbusse), on peut aussi s’interroger sur les critères de sélection et de classement qui font se côtoyer sans hiérarchie les travaux scientifiques, la vulgarisation et les articles de gazettes.

À côté des bilans, le volume livre aussi des articles présentant des approches d’ensemble, tel celui de Stéphane Audoin-Rouzeau qui reprend les thèses maintes fois répétées sur la culture de guerre ou, dans une optique bien différente, celui de Frédéric Rousseau qui appelle à revoir la périodisation du premier conflit mondial à travers une perspective européenne. Certaines études plus spécifiques, notamment sur les soldats, complètent l’ouvrage : Rémy Cazals compare les carnets de Louis Barthas et de Dominik Richert, soldat alsacien de l’armée allemande; Snezhana Dimitrova étudie les soldats bulgares à travers leurs écrits en donnant ainsi accès à un univers peu connu en France et Giorgio Rochat présente les soldats italiens. De son côté, Yves Pourcher revient sur les sentiments des populations à la déclaration de guerre en soulignant les limites des catégories d’analyses trop générales, telle la « stupeur », qui disent peu au final. Après tant de travaux de sciences sociales qui ont montré les limites de la notion d’« opinion publique » (Olivier Forcade présente ici les études des historiens de la Grande Guerre sur ce thème), il est bienvenu de l’interroger ainsi.

Nicolas Offenstadt
Pour citer
Nicolas Offenstadt, « Compte rendu de Jules Maurin, Jean-Charles Jauffret (dir.), La Grande Guerre 1914-1918. 80 ans d’historiographie et de représentations, 2003 », Le Mouvement Social, n° 209 (octobre-décembre 2004), p. 135-136, et en ligne : http://mouvement-social.univ-paris1.fr/document.php?id=945.
Mise en ligne le 15 octobre 2004.
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