n° 219-220 (avril-septembre 2007) : Culture et politique. Hommage à Madeleine Rebérioux

Erratum : suite à une coquille, la couverture annonce « avril-juin 2007 ». Ce numéro étant un numéro double, il faut lire « avril-septembre 2007 ».

Les articles de ce numéro sont consultables sur Cairn dans leur intégralité.

Sommaire

Madeleine Rebérioux entre histoire, culture et politique, par Patrick Fridenson

Les publications de Madeleine Rebérioux dans Le Mouvement Social, par Philippe Rygiel

Cultures et libérations

  • Culture et démocratie en Algérie : retour sur une histoire, par Mohamed Harbi

  • La photo du GI viril : genre et photojournalisme à la Libération, par Mary Louise Roberts

  • The creative work of two Cuban filmmakers: Tomás Gutiérrez Alea and Fernando Pérez, par Mercedes Santos Moray

  • Regards, visibilité historique et politique des images des réfugiés palestiniens depuis 1948, par Stéphanie Latte Abdallah

Formes de la culture et relations aux publics

  • La République des Lettres : éditeurs et libraires en Espagne (1931-1936), par Ana Martínez Rus

  • Roman noir, par Dominique Manotti

  • Trois âges du jazz, par Eric J. Hobsbawm

  • France-Culture. Une seconde radio pour les professions intellectuelles et culturelles, par Hervé Glevarec et Michel Pinet

  • James Dean et La fureur de vivre : l’anticipation d’un nouvel horizon d’attente, par Gilles Marion

Droits et libertés

  • La crise de la fin du XIXe siècle en Italie et en France : magistrats, hommes politiques et droits humains, par Maria Malatesta

  • Les « forces culturelles locales » : histoire du malentendu entre les bolcheviks et les campagnes dans les années 1920, par Alexandre Sumpf

  • Ni civil ni militaire : le travailleur indochinois inconnu de la Seconde Guerre mondiale, par Liem-Khê Luguern

Chronique

  • The public life of Schoenberg’s early musical works, par Karen Painter

Notes de lecture (disponibles sur ce site)

  • Histoire et culture

  • Droits et libertés

  • Politique

Résumés

Patrick Fridenson. - Madeleine Rebérioux entre histoire, culture et politique

Patrick Fridenson. - Madeleine Rebérioux, between history, culture and politics

Madeleine Rebérioux (1920-2005) a été une pionnière de l’histoire culturelle. L’article retrace sa vie, entre pratique de l’histoire et action politique. Elle a mis l’accent sur le rôle des avant-gardes et de l’engagement, les relations entre les productions culturelles et leurs publics, et l’importance des droits et libertés pour la création et la diffusion des œuvres. Elle s’est mobilisée pour la décolonisation et les pays émergents. D’abord membre du comité de rédaction du Mouvement Social, elle a ensuite dirigé la revue, dans laquelle elle a apporté de nombreuses innovations.

The French historian Madeleine Rebérioux (1920-2005) was one of the pioneers of cultural history. This essay deals with her biography, steeped in history and in politics. She emphasised the relation of culture and political avant-gardes, the relation of cultural productions to their audiences, and the importance of the rights of man for creation and for diffusion. Decolonisation and emerging countries were one of her constant priorities. She was one of the active board members of the history journal Le Mouvement Social, then its editor and introduced many innovations.

Mohamed Harbi. - Culture et démocratie en Algérie : retour sur une histoire

Mohamed Harbi. - Culture and democracy in Algeria: Past and present

Cet article est une contribution d’historien à l’analyse de la situation dans l’Algérie contemporaine. La culture démocratique encore à trouver, entre défi politique et question de société, est là-bas fille d’une histoire violente et complexe, celle de la guerre d’indépendance, mais elle est aussi à élaborer à partir d’une histoire plus longue et d’héritages ottomans et coraniques.

In order to analyse the situation in today’s Algeria the contribution of historians is most welcome. If a democratic culture is still to find, between the challenge of politics and the problems of society, there is no doubt that the violent and complex history of the independence war matters. But in order to work it out Algerians also need to take into account their long term history, including the legacy of the Koran and of the Ottoman period.

Mary Louise Roberts. - La photo du GI viril : genre et photojournalisme à la Libération

Mary Louise Roberts. - The manly G.I. Photo: Gender and photojournalism at the Liberation of France

L’image d’un GI américain extatique entouré de femmes françaises en pleine adoration est devenue une icône de la libération de l’Europe en 1944. Ce type d’image est si fortement inscrit dans la mémoire américaine qu’il fonctionne comme une évocation des guerres « justes » du passé. Cependant la photo du GI contribue à la production d’une illusion. Non seulement elle nie certaines vérités concernant la Libération, mais elle neutralise des tensions politiques complexes. Si les Normands accueillent les GI avec joie le jour J, des problèmes ne tardent guère à apparaître. Les bombardements intensifs et les combats sur le terrain laissent des milliers de civils affamés et sans abri, tandis que l’aide est lente à venir. Les libérateurs boivent trop, font trop de bruit, conduisent leurs jeeps trop vite, prennent part à des bagarres de rue et à des vols, et poursuivent les femmes locales de leurs assiduités. Précisément au moment où leur rôle politique de protecteurs de l’Europe les appelle à la « grandeur », sont proposées aux GI, et par la suite au public américain, des images photographiques qui les encouragent à se penser comme les maîtres du monde. Alors qu’ils en viennent à être perçus en termes genrés traditionnels comme des chevaliers aux brillantes armures, leur domination acquiert un caractère naturel et est assimilée à une « bonne » chose. Les normes de genre, telles qu’elles s’articulent dans les relations hétérosexuelles, contribuent par là à formuler les ambitions impériales américaines durant cette période cruciale d’un point de vue géopolitique.

When we think of the American GIs in Europe at the end of the Second World War, we often conjure up a familiar photograph—of a happy soldier embraced by adoring French women. Reproduced in a thousand guises, this photograph has become an icon of the liberation of Europe in 1944. So deep is the photo’s inscription in our national memory that it serves as a reminder for the “good” wars of the past. In fact, the GI photo promotes a troubling deceit: it conceals the conflict that often marked relations between the French and their American liberators. While the Normans greeted the landings with joy, carpet bombing and ground combat left thousands of civilians homeless and resentful of slow relief efforts. The liberators drank too much, drove their jeeps too fast, and went after local women. Precisely at the moment when their political stewardship of Europe called them to “greatness,” American soldiers and subsequently the American public were offered photographic images that encouraged them to identify as global rulers. As the GIs came to be understood in traditionally gendered terms as knights in shining armor, their dominance was naturalized as a “good” thing. In this way, gender norms, as they were articulated in heterosexual relations, helped to formulate American ambitions at this crucial geopolitical moment.

Mercedes Santos Moray. - Cinéastes cubains après la Révolution : Tomás Gutiérrez Alea et Fernando Pérez

Mercedes Santos Moray. - The creative work of two Cuban filmmakers : Tomás Gutiérrez Alea and Fernando Pérez

Le cinéma cubain, qui existait avant 1959, prend une importance exceptionnelle après le triomphe de la Révolution et la fondation de l’Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographiques. L’article évoque deux réalisateurs de deux générations successives qui ont maintenu leur liberté de création dans le documentaire comme dans la fiction.

Cuban cinema, which existed before 1959, took an exceptional importance after the triumph of the Revolution and the foundation of the Cuban Institute of Cinematographic Art and Industry. The article sketches the trajectories of two film directors, who belonged to two generations, and maintained their freedom of creation in documentary film as well as in fiction.

Stéphanie Latte Abdallah. - Regards, visibilité historique et politique des images des réfugiés palestiniens depuis 1948

Stéphanie Latte Abdallah. - Images and historical and political visibility of refugees: the Palestinians since 1948

Cet article aborde les enjeux, les formes et la généalogie de l’entrée des Palestiniens dans le champ photographique et historique. C’est une réflexion sur les images (photographies, films) produites sur les réfugiés palestiniens depuis 1948, en partant de celles de l’humanitaire : celles des Quakers et de la Croix-Rouge de 1948 à 1950, puis celles de l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East) qui apporte depuis 1950 de l’assistance humanitaire et des services aux réfugiés. Ces images sont en effet les seules à retracer plus d’un demi-siècle d’exil et témoignent de la spécificité de l’histoire des réfugiés palestiniens car elles sont le lieu et d’une certaine façon déjà le résultat d’une confrontation politique, historique et culturelle. Aussi figurent-elles le consensus international sur la question des réfugiés à différentes périodes. Sont également étudiés les photographies et les films militants de l’OLP.

L’histoire des réfugiés, tout comme celle des Palestiniens, est celle de la conquête de la visibilité politique et historique, à partir du vide créé par l’exode de la Palestine mandataire, lors de la guerre de 1948 et de la création d’un seul des deux États prévus par le plan de partage de l’ONU en 1947. L’histoire des images autorisées sur les réfugiés est une part de leur histoire et sa métaphore.

Jusqu’en 1967, ces photos et ces films humanitaires participent de l’invisibilité des Palestiniens. Ils ont pourtant servi des visions contrastées de l’histoire en accord avec leurs projets politiques tout en ayant contribué à leur manière d’une résistance à l’effacement. A partir de 1967, les Palestiniens deviennent visibles comme peuple et groupe national : au sein de l’humanitaire, réalisateurs et photographes subvertissent en effet peu à peu, dans un contexte international renouvelé, le caractère universel et dépolitisant de la représentation des réfugiés pour incarner leur histoire à l’écran. C’est aussi le moment où, de l’intérieur de l’OLP, naît une première génération de cinéastes palestiniens.

Il s’agit de réfléchir au comment de la production de ces images avec ses acteurs (les photographes, cinéastes, responsables des départements audiovisuels) et au regard du contexte des différentes périodes. A travers principalement le fonds audiovisuel de l’UNRWA, il est aussi question d’analyser la manière dont les Palestiniens et les réfugiés ont peu à peu investi le département audiovisuel pour servir leur histoire. Plus largement ce sont les enjeux politiques de ces images, le rôle qui leur a été donné par les différents protagonistes (instances internationales, pays d’accueil, OLP, militants et personnes réfugiées), et celui qu’elles ont joué dans la visibilité et la présence à l’histoire des réfugiés qui nous intéressent ici.

This article studies the production of images of Palestinian refugees by various actors : photographers, filmmakers, heads of audiovisual departments of first the Quakers and the Red Cross, then the United Nations Relief and Work Agency for Palestine Refugees in the Near East (UNRWA) and finally the PLO. In all these images the Palestinians became visible as such only after 1967. The contents and style, the political role of these pictures and their relationship to Palestinian history and to the vision of the refugees by themselves are treated in depth.

Ana Martínez Rus. - La République des Lettres : éditeurs et libraires (1931-1936)

Ana Martínez Rus. - The Republic of Letters: publishers and booksellers in Spain, 1931-1936

Cet article établit une typologie des éditeurs et des libraires espagnols sous la République et en propose l’analyse. Il aborde également la politique officielle du livre menée par le nouveau régime démocratique qui eut des répercussions favorables sur l’industrie et le commerce de l’imprimé. En particulier, sont étudiées les différentes initiatives prises par les professionnels du livre comme les salons du livre de Madrid ou les camions-librairies du Groupement des éditeurs espagnols afin de diffuser la lecture dans la société. Toutefois, dans le même temps, ces activités rendirent plus aigu le conflit ancien qui opposait éditeurs et libraires quant aux conditions de la vente au public et au prix du livre.

This article analyses the typology and the characteristics of the Spanish publishers and booksellers during the Second Republic. In addition the official policy in support of books undertaken by the new democratic regime that benefited the industry and the marketing of publications is tackled. Against this background this essay studies the different initiatives taken by the professionals of the book like the Book Fairs (Ferias del Libro) in Madrid and the trucks made bookstores of the Grouping of Spanish Publishers (Agrupación de Editores Españoles) to develop reading in the society of the time. However, these activities also sharpened the old conflict between publishers and booksellers about the conditions of selling to the public and the price of the book.

Dominique Manotti. - Roman noir

Dominique Manotti. - Hardboiled crime stories

Que disent les romans noirs américains et leurs homologues français surgis après 1968 ? Le roman « noir » enracine les crimes dans les circonstances sociales dans lesquelles ils sont commis. Ce n’est plus l’individu seul qui est criminel, c’est le monde de souffrance, de misère, de violence et de corruption dans lequel nous vivons qui produit les individus criminels, ce monde que la loi et la justice recouvrent, sans l’organiser. Le rétablissement de l’ordre, s’il a lieu, n’est jamais que le rétablissement précaire, identifié comme tel, d’une apparence d’ordre et de paix.

This essay looks at American crime stories (from dime novels to pulps and to the hardboiled school) and to their French counterparts, which emerged after 1968. Crime is rooted in society. The individual is not the only criminal, it is also the world of law and order. The restoration of public order is seen as precarious and often as mere semblance.

Eric J. Hobsbawm. - Trois âges du jazz

Eric J. Hobsbawm. - Three ages of jazz

Cet article présente trois incarnations successives du jazz : les années 1930 en Grande-Bretagne, la période 1955-1966 en Grande-Bretagne et aux États-Unis, le début des années 1980 aux États-Unis. Musiciens, chanteurs et public font alors du jazz une culture populaire venue directement d’en bas. Aujourd’hui ce sont d’autres musiques qui ont repris ce rôle.

These essay covers three embodiments of jazz music: the 1930s in Great-Britain, the period between 1955 and 1966 in Great-Britain and the US, and the early 1980s in the US. Between musicians, singers and the public, it displays a popular culture coming directly from below. Today other musical genres have taken this role.

Hervé Glevarec et Michel Pinet. - France Culture. Une seconde radio pour les professions intellectuelles et culturelles.

Hervé Glevarec and Michel Pinet. - France Culture: the second radio station for intellectual and cultural professions in France

La structure de l’auditoire de France Culture est l’objet de beaucoup de représentations souvent contradictoires. Cet article précise, à partir d’une enquête longitudinale par carnet d’écoute sur 21 jours, le profil des catégories qui ont le plus d’affinité avec cette radio culturelle ainsi que la représentation des différentes catégories dans la structure de son auditoire. L’article montre la place que cette antenne a dans l’écoute des catégories supérieures, qui en font au mieux leur seconde radio. On se propose ainsi de nuancer l’idée d’un profil spécifique d’assidus et d’une démocratisation de ce média culturel, ancien, en France.

The French public radio has a cultural channel since 1963. There have been many controversies about the structure of its audience. We studied the profile of its listeners during 3 weeks in 2000 and 2001 thanks to their listening notes. Thus we outline the profile of the categories which are most akin to this cultural radio and the representation of the various categories within its audience. We show that the upper categories range this channel at best as their second radio. Therefore one has to qualify the conventional idea of a democratisation of this established cultural media and of a specific profile of assiduous listeners.

Gilles Marion. -James Dean et La fureur de vivre : l’anticipation d’un nouvel horizon d’attente

Gilles Marion. - James Dean and Rebel Without a Cause: Anticipating a new horizon of expectation

Cet article repose sur le cas fourni par le compte rendu minutieux de la réalisation d’un des films les plus célèbres de James Dean : Rebel Without a Cause (La fureur de vivre). Cette situation permet de montrer la place occupée par le spectateur potentiel dans le processus de réalisation/production d’un film à Hollywood. Nous examinons le rôle des tests, nous soulignons les compromis entre projet artistique et logique marchande, et nous mobilisons la notion d’ « horizon d’attente ». Nous concluons en indiquant que les savoirs modélisables sont d’un faible intérêt pour le pilotage du processus de développement d’un tel « produit ».

This paper relies on the case provided by a book relating meticulously the making of Rebel Without a Cause, one of the most famous films starring James Dean. This situation allows us to show the place of the potential audience in the directing/producing process of a movie in Hollywood. We look at market tests, we underline the compromise between artistic project and market(place) logic and we introduce the concept of “horizon of expectation.” We conclude that explicit models are not very useful for the management of the development process of such a “product.”

Maria Malatesta. - La crise de la fin de siècle en Italie et en France : magistrats, hommes politiques et droits humains

Maria Malatesta. - The fin de siècle crisis in Italy and France: judges, politicians and human rights

À la fin du XIXe siècle la France et l’Italie furent bouleversées par une crise institutionnelle profonde. Bien que les différences entre les deux crises soient notables, on peut néanmoins découvrir beaucoup d’éléments communs. D’abord l’affaire Dreyfus et la politique répressive menée pendant les années 1890 par le gouvernement italien représentèrent une attaque brutale contre les droits de l’homme. Ensuite les deux crises furent un terrain favorable à la naissance d’une nouvelle culture des droits de l’homme. Mais à ce niveau les différentes traditions politiques nationales eurent une fonction cruciale par rapport à la réussite. La naissance de la Ligue des droits de l’homme fut la preuve éloquente qu’il s’agissait d’une culture enracinée dans la société française, tandis que la société italienne ne fut pas capable de soutenir l’action d’un groupe de infatigables députés radicaux et socialistes qui luttèrent contre le gouvernement pour défendre les droits humains.

At the end of the nineteenth century France and Italy were affected by a deep institutional crisis. Even if strong differences separated the two crises, nevertheless they were connected by considerable similarities. First of all, the Dreyfus Affair and the Italian government’s repressive policy represented an assault against human and civil rights, so that during the 1890s the judiciary played a crucial role in each country. Secondly, both crises became a chance to elaborate a new human right culture. However, according to the national context, there were different results. The birth of the Ligue des droits de l’homme gave evidence this culture was embedded in French society; Italian society, on the contrary, was unable to sustain the efforts made by a brave group of radical and socialist members of the Parliament who struggled against the government in defense of human and civil rights.

Alexandre Sumpf. - Les « forces culturelles locales » : histoire du malentendu entre les bolcheviks et les campagnes dans les années 1920

Alexandre Sumpf. - The “local cultural forces”: a history of the misunderstanding between the Bolsheviks and the rural populations of Soviet Russia, 1920-1932

Tout au long des années 1920, les stratégies de recrutement appliquées par les dirigeants de l’éducation politique aux campagnes excluent les paysans et font le choix des « intelligences » locales, qui n’ont pas voix au chapitre au sein des instances communautaires paysannes. Les instituteurs, les médecins, les vétérinaires, les agronomes, sont convoqués à « marcher au peuple ». Cependant, même si certains sont disposés à rejoindre le « côté soviétique », pèse sur eux le soupçon d’une appartenance passée au parti socialiste-révolutionnaire. Enfin, la participation concrète des instituteurs à l’éducation politique est d’ampleur limitée. Elle consiste essentiellement dans l’alphabétisation des adultes. Cependant les instituteurs n’ont pas constitué une cible privilégiée de la violence d’État, pas même lors de la purge de l’appareil local du Parti et des kolkhozes opérée en 1932.

During the 1920s the Bolshevik leaders did not entrust the political education of the rural populations to peasants. They placed it in the charge of members of local intellectual professions who had no voice in community structures: physicians, vets, agronomists, and moreover primary school teachers. But the latter mostly spread literacy, they are not really able to politicise rural masses, and they are suspected of allegiance to the former SR Party. They do not become however a major target of State violence in the era of forced collectivisation during the early 1930s.

Liem-Khê Luguern. - Ni civil ni militaire : le travailleur indochinois inconnu de la Seconde Guerre mondiale

Liem-Khê Luguern. - Neither a civilian nor a soldier: The unknown Indochinese worker of World War II

En 1939, 20 000 travailleurs indochinois requis furent acheminés vers la métropole. Dépendants du ministère du Travail, ils furent affectés comme ouvriers non spécialisés (ONS) dans les usines (en particulier les poudreries, l’aviation, les usines de munitions comme cela avait déjà été le cas en 1914) travaillant pour la Défense nationale. Bloqués en France à la suite de la défaite de juin 1940, ils n’ont pas pu, non plus, regagner la colonie à la Libération en raison de la guerre d’Indochine. Ce n’est que dix ans après leur réquisition (entre 1948 et 1952) que la majorité d’entre eux a été rapatriée, tandis qu’un millier choisit de s’installer définitivement en France. Ces derniers ont pu en 1973 faire valoir leurs années de réquisition dans le calcul de leur droit à la retraite. À la fin des années 1980, un comité de soutien aux anciens travailleurs et tirailleurs vietnamiens en France voit le jour avec le soutien de personnalités dont Madeleine Rebérioux. Appuyés par ce comité, les anciens requis rapatriés se sont mobilisés pour obtenir les mêmes droits que leurs camarades installés en France. En vain jusqu’à tout récemment.

In 1939, 20,000 Indochinese workers were summoned and shipped to France. Under the authority of the Ministry of Labour, they were employed as unskilled workers in factories working for the Ministry of War (in particular, in gunpowder, aircraft and ammunition factories as it had already occurred in 1914). Following the French defeat in June 1940, they were prevented from leaving. When France was liberated they could not go back to their homeland either because of the Indochina War. It was only 10 years after they had first been called up (between 1948 and 1952) that most of them were repatriated while a thousand of them chose to settle down in France. In 1973, those who remained in France could have their years of service to France taken into account and added to their retirement pension. In the late 1980’s a support committee for the former Vietnamese workers and infantry soldiers in France was created with the support of intellectuals like Madeleine Rebérioux. Supported by this committee, the former workers requisitioned to serve in France and who had gone back to Vietnam struggled to be granted the same rights as their comrades who had settled down in France. In vain until recently.

Mise en ligne le 24 septembre 2007.
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